Jean-Jacques Marteau
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Jean-Jacques Marteau

parti

pour l'Orient Céleste le 11 juillet 2008

 

 

Notre T:. C:. F:. Jean-Jacques Marteau

avec son épouse Nanette lors de la Saint-Jean d'été 2007

 

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Oraisons funèbres

lues pendant la cérémonie maçonnique dans la Chapelle du cimetière Saint-Georges  à Genève

le 16 juillet 2008

Oraison d'André Moser, VMEC

Oraison de Rémy Hildebrand, Orateur

 

A Notre T:. C:. F:. Jean-Jacques Marteau

Mon Frère Jean-Jacques, nous étions tout les deux jeudi passé à 17h00 dans ton appartement, quelques heures avant ton départ pour l’Orient Céleste en train de prendre une tasse de thé en profonde fraternité, tout simplement heureux de partager notre vision du monde et de la spiritualité.

Tu me parlais comme à ton habitude de la grande lumière de cette dimension sublime que tu avais découverte en regardant dans une fleur et qui avait marqué toute ta vie ; car dès cet instant tu as su qu’il y avait dans la nature une force mystérieuse, créatrice d’amour et de liens fraternels, toujours présente et qui vient naturellement à nous dans la mesure où nous laissons vivre l’innocence et la bonté dans nos actions. Nous étions bien, en harmonie. Nous parlions de Sophie et de son avenir professionnel, de David et de son prochain concert en Allemagne avec un orchestre symphonique organisé dans le cadre de la fondation Henri Marteau, de Florence et de son travail au musée, de Nicolas que tu aimais comme ton fils et surtout de Nanette, ta femme si dévouée, si présente et pour lequel tu avais tant de  reconnaissance et d’amour.  Comme à l’accoutumée, nous nous évadions comme deux enfants dans l’au-delà, dans cette contrée commune que seuls deux âmes en symbiose réinventent parce qu’elles sont complice de la nature profonde qui les structurent.

Tu me disais combien tu étais heureux d’être entré dans la Franc-maçonnerie car tu as rencontré des frères avec lesquels tu as pu partager ta philosophie de la vie ainsi que tes recherches ésotériques sur le sens de la vie et de l’au-delà. Tu me disais aussi combien il  avait  été difficile pour toi,  avant ton entrée dans notre société, de taire cette dimension spirituelle dans le monde professionnel et politique et ta déception devant le peu d’intérêt que suscitaient tes interrogations mystiques

Tu as donc frappé plein d’espérance  à la porte de la Loge Fidélité et Prudence qui t’a initié le 25 avril 1985. Tu es devenu compagnon le 11 janvier 1990 et Maître le 12  novembre 1992. Tu as également été appelé dans les Hauts grades maçonniques où tu fus élevé au sublime grade de Maître du Royal Secret 32ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.  Le 22 mai dernier,  tu as émis le souhait de présenter devant les frères de ta loge un écrit que tu as intitulé  « le bout du chemin ». Ce texte prémonitoire a révélé à nous tous profondément ému le sage que tu étais devenu. Voici un extrait de ce que tu as écrit

« …Je veux essayer de vous exposer quelques unes de ses idées-forces, qui m’ont paru, à moi Franc-maçon, lumineuses et incontestables. Je vais commencer par vous donner quelques bases qui nous permettront de mieux saisir la suite.

L’homme est formé de trois parties: le corps, l’esprit et l’âme. Ce que la Science traduit par le subconscient, le conscient et le super conscient, et la religion chrétienne la sainte Trinité: Fils, Père et Saint-Esprit. On ne peut vivre sans Dieu, mais on peut croire le contraire. On ne meurt que pour soi. C’est dans ton coeur que se trouve ta sagesse, qu’habite ta vérité (Ne pas confondre ce qui est dans ton coeur avec ce qui est dans ton esprit).

Aucune âme ne parvient en une seule vie à la conscience absolue. Même si tu t’approches de la mort avec angoisse et tremblement parce que tu ne veux pas lâcher prise, tu parviendras tout de même à destination: tu ne peux manquer d’y arriver!

 La mort n’est jamais une tragédie, c’est toujours un cadeau. Pour l’instant, sache que tu as toujours été et que tu seras toujours! La mort est un moment fort de création: elle sert à aller vers quelque chose, non à fuir ! La mort est simplement la vie qui se produit autrement. De l’autre côté de la mort, tu vas te rencontrer toi-même et tout ce que tu auras emporté avec toi sera encore là. Toutes les âmes trouvent la paix, la joie et l’amour (ça je l’ai éprouvé autrefois).

Dans l’au-delà, il n’y a pas de douleur émotionnelle, physique ou spirituelle. Même ceux qui s’imaginent aller en « enfer », ne souffrent pas, ils ne feront qu’observer, sans aucun lien physique et émotionnel. Lorsque tu sais que la vie est éternelle, tu ne crains plus jamais la mort, tu comprends la nature, la merveille, la gloire, la perfection et le parfait cadeau qu’elle constitue. Toute mort est rédemptrice, car elle ramène l’âme à sa vérité, à celle de la vie et de Dieu. On s’imagine à l’extérieur de Dieu, mais c’est impossible, car Dieu est Tout ce qu’il y a, tout ce qui existe. Tu es donc une partie de Dieu, en train de goûter Dieu. Lors de ton premier passage — ton premier voyage ! — dans le « tunnel temporel », ton attention est particulièrement attirée par une portion de la paroi. Elle comporte de nombreux éléments. Tu t’approches de l’un d’eux, tu le fixes, et tu découvres des portions déjà vécues, on peut même être à plusieurs endroits à la fois ! Tu fais alors l’expérience de toi-même en tant qu’individualité innombrable. La mort est le passage entre le monde physique et le monde spirituel, en un aller-retour.

La naissance et la mort sont une seule et même chose. Il n’y a ni enfer, ni jugement, ni damnation. Mais vous n’avez pas à suivre les diktats d’un système de croyances, ni à accepter les croyances d’un autre. Vous pouvez décider consciemment de rechercher votre propre vérité, et de la créer. Au moment de la mort, nous faisons l’expérience de ce que nous aurons, d’après ce que nous croyons... Donc attention à élever son esprit au plus haut, ce que précisément la FM nous apprend à faire. Gare aussi aux idées de vengeance, de tristesse, de pensées négatives. On les retrouverait de l’Autre Côté.

Voilà ce que N :. B :. A :.  Frère Jean-Jacques nous a légué. Il est devenu un Sage parce qu’il a su respecter la Nature, parce qu’il a vécu authentiquement la fraternité et su distinguer le subtil de l’épais, la lumière de l’ombre. Il a été au centre d’un cercle de vie dont les rayons irradiaient  d’amour tous ceux qui l’on côtoyé. Sa gentillesse et sa bonté naturelle ne provenaient point d’un effort de la personne car elles étaient l’expression d’une sainteté acceptée dans l’humilité. Vivre dans l’innocence et la compassion nécessite une volonté à toute épreuve. N :. B :. A :. F :. Jean-Jacques en a accepté les tenants et aboutissants sans broncher, parfois triste devant l’incompréhension de certains. Il est devenu pour nous aujourd’hui ce fruit mur, éclatant de santé spirituel qui montre le chemin vers toujours plus de lucidité, ce chemin qu’il a balisé à travers ses écrits et ses nombreuses actions associatives et culturels.

Dans la vie d’un homme rien d’important ne peut se réaliser dans l’isolement social car tout ce qui est important  se construit avec des outils forgés dans l’expérience sociétale et dans les fractures existentielles. Travailler avec des outils de vie d’une telle qualité est un bienfait pour l’entendement puisqu’il permet la création de rapports subtils qui oriente la volonté vers plus d’harmonie avec soi-même et dans la société. Tel est la nature du  message que tu as voulu donner, à nous qui sommes aujourd’hui tous réunis pour t’apporter ce dernier témoignage. Ce message a été transmis par tes actions et c’est là l’essentiel puisque les générations futures pourront continuer l’œuvre que tu as si merveilleusement  construite. Ton humilité fut ta force de vie, elle sera notre sésame puisque tout ce qui est important est caché.

Tu es parti doucement en paix avec ton âme, après une belle soirée passée avec tes Frères, dans les bras de Nanette et entouré de ton herbier et des souvenirs qui t’étaient chers. Telle est la récompense du sage. Nous te serons éternellement reconnaissant de ce beau cadeau que tu nous as donné.

André. M.
VMEC Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève, 2006-2009

 

 

Chère famille, chers amis, chers Frères

Désormais, notre cher Jean-Jacques poursuit sa vie ailleurs.

Cet ailleurs nous rappelle les travaux accomplis par cet érudit dans le monde profane, spirituel et symbolique. Jean-Jacques Marteau vivait heureux au milieu de sa famille, de ses amis, de ses Frères. Il cultivait l’art du collectionneur, tel un encyclopédiste. Familier de l’ailleurs,  il a appris l’art de vivre en communion avec un paradis immédiat, si proche de nous que nous oublions parfois qu’il se trouve en nous ;  pourtant notre conscience nous y conduit selon le désir de notre cœur.

Jean-Jacques Marteau entouré de sa famille et quelques amis  a fondé

l’Association Jean Marteau

il y a plus de 33 ans - en l’honneur de son père, écrivain unanimement apprécié. Cet écrivain parle de la campagne genevoise avec le regard d’un amoureux de la Nature. Ses ouvrages, ses chroniques racontent l’histoire d’un environnement porteur des mystères de l’âme humaine, des rencontres que l’existence nous offre, des secrets de la musique, clarté pour l’âme et des beautés des paysages consolateurs. L’ouvrage Les chemins de Genève, paru en 1963, lui est dédicacé. Jean Marteau y note avec malice, le conseil d’Isaac Rousseau à Jean-Jacques, son fils : Jean-Jacques aime ton pays : vois-tu ces bons Genevois, ils sont tous amis, ils sont tous frères. J’imagine Jean Marteau adressant à son fils, cette invitation qu’il suivra respectueux et admiratif. L’Association Jean Marteau, a la responsabilité de faire connaître l’œuvre de son père ainsi que celle de son grand-père le célèbre violoniste Henri Marteau.

Il y a quelques semaines, une délégation de cette Association - ici présente - s’est rendue à Lichtenberg près de Bayreuth, comme hôte d’honneur. A Lichtenberg, depuis 20 ans, la maison d’Henri Marteau est devenue un centre mondialement réputé dans le domaine du perfectionnement musical. A l’occasion de cette commémoration David Marteau, fils de Jean-Jacques et de Nanette Marteau a donné, un concert exceptionnel démontrant ainsi une créativité musicale familiale exemplaire. Acceptons de penser qu’Henri Marteau donne à son arrière petit-fils une inspiration musicale. Jean-Jacques éprouvait un immense bonheur à voir ainsi se tisser des liens familiaux, en dépit des drames de la 2e Guerre Mondiale. Cette réussite est l’œuvre de

l’Association  Jean Marteau 

dépositaire, grâce à Nanette Marteau, d’archives remarquables ; la vocation de journaliste et d’écrivain de Jean-Jacques est à l’origine de ce rapprochement remarquable.

Bien sûr, on peut s’interroger sur ce qui faisait courir ainsi Jean-Jacques, ce « cherchant » en quête d’une lumière amie chaleureuse et protectrice ? Jean-Jacques trouvait cette lumière dans la Nature, l’amenant à militer à Genève, au Canada, au Japon pour la défense des animaux, la beauté d’un chant d’oiseau, la délicatesse d’une fleur, œuvre particulière d’une création qui nous dépasse. Assurément, Jean-Jacques a ressenti cette attirance, dès son plus jeune âge en admirant l’univers, inspiré par sa famille, laissant monter en lui une prière admirative, une quête spirituelle. Son univers familial, ses enquêtes journalistiques, ses publications, forment un paysage complet, que j’appellerais

«l’éloge d’un protecteur».

N’est-il pas à l’origine de l’interdiction de la chasse dans la Canton de Genève ? 

Il y a 25 ans, Jean-Jacques Marteau a été le co-fondateur du

Comité européen Jean-Jacques Rousseau :

le premier, il a fait paraître un article demandant que l’on honore, plus activement Jean-Jacques Rousseau à Genève et au delà. Aucun voyage n’était superflu pour donner aux idées qu’il considérait leur juste aboutissement. A Paris, il a su parler aux autorités genevoises qui ont entrepris les démarches destinées à instaurer un lieu dédié à Jean-Jacques Rousseau dans sa maison natale. A Istanbul, il a inauguré une plaque en l'honneur de Isaac Rousseau.

Chère famille Marteau, nous serons à vos côtés pour exprimer votre gratitude. Accomplir ce geste renforce la mémoire que nous désirons garder de lui. Dans nos cœurs Jean-Jacques demeure l’homme respectueux de la Nature, l’ambassadeur de l’amitié, le garant de la Fraternité. Chacun le sait, un amour ne disparaît pas, il augmente par la force de la reconnaissance. Notre chère Nanette, à toi de trouver dans la force que te donnait Jean-Jacques les sentiments pour dire cet amour, au-delà du temps, au sein de votre couple. Jean-Jacques aimait parler de ses coups de cœurs, de ses engagements militant pour l’environnement. Depuis quelque temps, il oubliait les contraintes dues aux obligations des uns et des autres, car il portait un secret. Sachant son heure venue, il vivait de manière plus discrète, ressentant peut-être que sa vie, au milieu des siens, s’abrègerait subitement. Ce pressentiment rend hommage à sa vie, à ses intuitions. Sa vie n’a que plus de grandeur ; ce respect il le voulait pour Genève qu’il considérait comme un lieu prédestiné pour la paix, une paix qu’engendre l’humilité et le courage mis au service des hommes. Il désirait ardemment apporter sa pierre au monde à venir et un bouquet de pensées fleuries. Cette pierre et ces fleurs nous les portons, grâce à lui et avec lui, elles l’incarnent de manière exemplaire. J’ai l’intime conviction que Jean-Jacques sera plus encore capable de soutenir les êtres qu’il aimait. Il l’accomplira d’une autre manière, touchant l’âme de chacun par des signes minuscules, des signes apparemment invisibles, des signes qui donnent aux instants qui passent une réalité invisible. 

Jean-Jacques nous a appris à écouter un nouveau langage, il nous a fait découvrir le langage des anges, paroles intuitives immédiates, sanctifiées par l’amour qui anime. Ce langage des anges, Jean-Jacques nous l’a appris, avec la patience qui fait croître les espèces végétales et qui donne la vie aux animaux dont il parlait si bien. Ne se trouvait-il pas au paradis, dans la région genevois qu’il fréquentait assidûment, saison après saison. Au cours de ses randonnées, son amour pour la Nature grandissait ; cette vision du monde rejoignait le langage des anges, la lumière des pensées du cœur et l’intensité des émotions qui ne demandent qu’à croître en nous, comme aimait l’expliquer Jean-Jacques à ses Frères. Il parlait d’une entente joyeuse et d’une écoute attentive reliées directement aux songes, clé minuscule qui traverse le temps et qui rapproche les être heureux, ici et ailleurs.

Aujourd’hui, Jean-Jacques nous demande d’apprendre ce langage des anges pour dire le bonheur qu’il nous a donné,  pour affirmer que son exemple demeure vivant en nous. Il nous confie un travail, celui de nous familiariser à cette langue, emblème d’une vie visible et invisible.

Jean-Jacques reçoit notre gratitude. Nous sommes fiers et honorés. Notre estime va à Nanette, à Florence, à David, à Sophie, à Nicolas ainsi qu’à tous les membres de la famille Marteau. Nous pensons à la famille qui vit à Lichtenberg et à Munich ; à la présidente du Cercle des Amis Marteau qui s’associe en pensée. Notre reconnaissance va également à son plus vieux camarade d’étude du Collège de Genève, Georges fidèle parmi les fidèles venu avec son épouse de Paris. Notre gratitude va également à tous celles et ceux que je ne peux citer et qui se retrouveront dans ce message de reconnaissance.

Je vous remercie.

Rémy H.
Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève

                             

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