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"La véritable vertu ne consiste pas à vouloir être au plus haut, ou à prétendre y être, mais à essayer de connaître et d'admettre humblement ce que l'on est véritablement". Parole cathareDans l'Europe médiéval du XIème au XIIIème siècle s'est développé un vaste mouvement fraternel et évangélique appelé le catharisme qui a profondément marqué les structures sociales des populations vivant dans le Sud de la France, l'Italie du Nord ainsi qu'en Allemagne. Le dualisme d'inspiration gnostique et les mœurs prôné par ce mouvement étaient fondamentalement distincts de la pratique religieuse des prêtres et des dogmes de l'église catholique. Devant le succès populaire toujours grandissant de l'église cathare auprès des populations lanquedociennes et suite à l'impossibilité des prêtres catholiques d'enrayer la ferveur des nouveaux croyants, le pape Innocent III en 1209 entrepris d'éradiquer cette église par l'armée et par l'instauration de tribunaux ecclésiastiques. La victoire fut totale puisque dès le XIVème siècle I'église cathare n'existe plus en tant qu'institution. Par contre, la philosophie et les principes de leur doctrine ont toujours fait l'objet d'études dans les milieux maçonniques, rosicruciens et martinistes. Ainsi, la parcelle de vérité universelle contenue dans la métaphysique cathare a traversé les temps et tel le phénix qui renaît de ses cendres, elle rejaillit aujourd'hui avec force, à l'aube du troisième millénaire, pour nous interroger encore plus sur le sens de la création et de la gnose, mais aussi pour renforcer notre conviction qu'il est impossible de cacher par la force la Vérité à celui qui la cherche. Cette modeste planche traitera de la religion des cathares et de ses principes. Nous essayerons de comprendre l'essence du message que nous a légué cette communauté en étudiant très succinctement quelques textes liturgiques tirés du livre des deux principes Ce vaste et fondamental ouvrage pour la compréhension de la doctrine cathare fut rédigé en latin vers 1250 par le docteur cathare Jean de Lugio et ses disciples de Bergame. Je ne l'ai personnellement pas lu mais j'ai étudié quelques extraits traduits en français dans l'excellent livre de Jean Blum, Mystères et Message des Cathares; ce sera donc à partir de ceux-ci que nous tenterons de comprendre les finesses intellectuelles dont a fait preuve Jean de Lugio pour expliquer les principes du dualisme radical et mitigé aux docteurs de l'église catholique. Les écrits liturgiques cathares, datant du XIIème siècle sont vraiment rares et mis à part le livre cité plus haut, il n'existe tout au plus qu'un traité anonyme dit de Bartholomé écrit en Languedoc au début du XIIIème siècle, de 25 ans antérieur au livre des deux principes dont l'auteur fut peut être le Parfait Barthélemy de Carcassonne ainsi que quelques Apocryphes essentiellement d’inspiration chrétienne employés par les cathares comme Écrits canoniques qui sont: la Vision d’Isaïe la Cène Secrète ou Interrogation de Jean et bien sûr l’Évangile de Jean utilisé par les Parfaits lors de l’administration du Consolamentum. Les cathares considéraient l’apôtre Jean comme le disciple privilégié, celui que le Maître avait initié aux mystères. Rappelons qu’en maçonnerie nous faisons de même puisque dans le rituel du premier degré de la loge Fidélité et Prudence il est écrit: "Saint-Jean l’Évangéliste, disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi pour transmettre aux hommes l’Évangile de l’Amour , et il est enfin considéré comme un initié parfait ". Nous aurons l’occasion de revenir sur cette parenté. Il existe aussi des ouvrages de contreverses datant de cette époque par lesquels les théologiens catholiques analysaient et tentaient de désavouer le catharisme. Enfin, il subsiste un dernier groupe de documents qui rassemblent les archives judiciaires des interrogatoires conduits par l’Inquisition (7000 dépositions conservées concernant mille Parfaits et quelque 40.000 Croyants cathares).Ces procès verbaux judiciaires ont permis de mieux comprendre l’acharnement du clergé catholique pour éradiquer le catharisme et nous verrons en particulier les structures préventives et punitives ainsi que les règlements appropriés qu’édicta le cardinal-légat Romain de Saint-Ange en 1229 pour extirper une fois pour toute l’ “hérésie cathare ”. A la lecture de ces textes, il sera plus facile de comprendre la mentalité de l’époque mais également de constater que huit siècles plus tard les instances politiques lorsqu'elles sont au service d'un dogme discriminatoire peuvent générer des comportements judiciaires en tout point identiques à ceux qui étaient en vigueur du temps des cathares. Il est important de relever que le déficit de textes doctrinaires sur le catharisme a ouvert, chez de nombreux exégètes fort érudits comme René Nelli ou Deodat Roché les portes de l’imaginaire. Il s'ensuit que pour un néophyte comme votre serviteur, l'essence originel du message cathare est souvent difficile à retrouver dans la littérature contemporaine, puisqu’il est presque toujours brouillé avec les développements intellectuels des auteurs. Dans cette planche, nous étudierons donc le dualisme cathare en étudiant trois textes tirés du livre des deux principes. De cette façon nous éviterons autant que faire se peut toutes spéculations personnelles. Mais pour enrichir la réflexion nous nous permettrons chaque fois que c'est possible d'établir des analogies avec le symbolisme maçonnique. Cette manière de procéder nous permettra de ne jamais perdre de vue la dimension traditionnelle de la gnose cathare en relation avec l'universalisme des arcanes maçonniques. Mais avant de s'intéresser à la religion cathare proprement dite, parlons plus prosaïquement du Languedoc pendant les XIIème et XIIIème siècle, période pendant laquelle l'église cathare a pu se développer et s'implanter avec des structures organisationnelles fortes. La civilisation occitane qui s'étendait sur le Sud de la France , le Nord-est de l'Espagne et l'extrême Nord-Ouest de l'Italie était prospère. Cette région fut de tout temps un lieu de passage important qui a recueillit de nombreux vestiges des peuples qui l'ont occupée (Wisigoths de 413-507, Francs de 507 à 719, arabes jusqu'en 768, puis enfin les Ibères ). Ce mélange des cultures a ouvert les esprits, enrichi la pensée et les modes de réflexion et contribua à l'instauration d'un esprit languedocien typique et rebelle à toute ingérence royale capétienne. Toulouse, principale ville de l'Occitanie, était au XIIème siècle aussi importante que Venise et Marseilles et elle devint la capitale d'une véritable dynastie languedocienne, celle des Ramon, qui était soucieuse de son indépendance et qui ne cachait pas une inclination naturelle pour le roi d'Aragon. Cette sympathie excitera, comme nous le verrons plus loin, la convoitise des rois de France sur le comté de Toulouse et sur l'ensemble du pays d'Oc. La langue d'Oc médiévale était un ferment d'union très important. De nombreux troubadours l'a chantait dans le pays mais également bien au-delà des frontières contribuant ainsi à la renommée de cette région. Signalons que le roi d'Aragon ainsi que l'empereur d'Allemagne aimaient parler cette langue afin d'attester la qualité de leur culture. Bref, le pays était prospère. Une seule ombre au tableau : le clergé était corrompu et la foi catholique peu vivante. Le peuple ne fréquentait plus les églises comme l’atteste une lettre écrite par Saint Bernard venu au Languedoc en 1145 et qui écrivait au Pape "les basiliques sont sans fidèles…, les prêtres sans honneur … les hommes vivent dans le péché .. on prive les enfants de la vie en Christ en leur refusant le baptême." Dominique, fondateur en 1215 de l'ordre des Frères prêcheurs (ordre des dominicain) fut le premier a comprendre en 1205, à l’âge de 35 ans, sur le chemin du retour vers l'Espagne, après une mission à Rome, combien les Revêtus étaient populaires et que ce succès provenait à la fois de leurs manières de s’intégrer à la population et de leur humilité sociale. Il décida alors de rester au Languedoc afin de prêcher à la mode cathare. Il allait ainsi, pied nus, de ville en ville, habillé de hardes et mendiant sa nourriture. Il haranguait les populations sur les places de villages et participa à de nombreux débats contradictoires avec des Revêtus cathares. Mais il eut très peu de succès. La raison principale était qu’il y avait une inadéquation comportementale fondamentale entre les prédicateurs cathares qui mettaient en harmonie, leurs convictions religieuses et leur vécu, et le clergé qui vivait dans l’abondance et la luxure tout en prêchant l’humilité sociale sans la pratiquer. Le cas de Dominique est bien sûr particulier car, bien qu'il eut choisit de vivre dans la pauvreté, son discours était intolérant et sous-entendait une menace latente : l’excommunication En 1208, une année avant la levée de la croisade contre les Albigeois, harassé et déprimé il déclara ces phrases prémonitoires et terribles lors d’un sermon donné à Prouille : " j'ai supplié , j'ai pleuré … voici que nous exciterons contre vous les princes et les prélats et ceux-ci, hélas convoquerons nations et peuples et un grand nombre périra par le glaive . Les tours seront détruites , les murailles renversées et vous serez réduits en servitude. C'est ainsi que prévaudra la force là où la douceur aura échoué.". Mais qui sont vraiment ces Cathares que le peuple nommait d'une façon générale Bons Hommes ou Bonnes femmes ou encore Vrai Chrétien ou Ami de Dieu. C'est vers 1100, que l'on commence à rencontrer en Allemagne, en Lombardie, en Suisse, en Bosnie et surtout dans le Languedoc des personnages vêtus de noir cheminant toujours par deux. Ils participent à la vie du peuple, travaillent et pratiquent une fraternité exemplaire, partagent les peines et les soucis des petites gens, prêchent des idées nouvelles sur nous de Jean. Ils sont très bien reçu par la population et commencent à occuper le terrain spirituel perdu par le clergé catholique. Leurs pratiques religieuses sont fondamentalement distinctes de celles des catholiques. Les Parfaits ou Revêtus appelés ainsi parce qu'ils avait reçu le Consolamentum étaient très exigeants pour eux-mêmes mais laissaient les Croyants juges de leur propre chemin. Ils ne portaient aucuns jugements sur la qualité spirituelle des gens qui adhéraient à leurs idées et exigeaient simplement de celui qui a la foi, d'aspirer à la vertu et d'écouter les prédications des Parfaits. D’autre part, les simples croyants pouvaient mener une vie normale, mais s'engageaient à recevoir le Consolamentum en péril de mort. Il n’y avait aucun office obligatoire, ni de distinctions dans la vie religieuse comme dans la vie civil, ni de mariages obligatoires pour ceux qui veulent unir leur destinée et fonder une famille. Ils ne prélevaient aucun argent. Ils ne faisaient aucune discrimination entre l’homme et la femme. Enfin, l'église cathare divisée en évêchés n'exerce aucun pouvoir temporel, ne possède pas de bien foncier ni de tutelle d'ordre sociale et économique et n’a créé ni couvents ni ordres monastiques. Pour toutes ces raisons mais aussi parce que la terre d’Oc avait été touchée par l’Arianisme, le dualisme gnostique cathare qui innocente Dieu du Mal n’a pas été rejeté par la population comme ce fut le cas en Suisse et en Allemagne. La noblesse languedocienne très jalouse de son indépendance a donc accepté ces nouveaux missionnaires car ils correspondaient à leur intérêts politiques puisqu’ils ne revendiquaient aucun pouvoir temporel, ni argent et qu’ils gênaient l’église catholique et indirectement les intérêts de la couronne de France qui n’a jamais caché vouloir s’approprier le Languedoc. L’extraordinaire succès populaire de l’église des Amis de Dieu dans le Languedoc pose un vrai problème à l’église romaine, car les cathares utilisent les mêmes outils pour parler de Dieu (Évangile de Jean, référence à Jésus) mais sans reconnaissance légale pontificale et surtout en condamnant tout le culte chrétien : les sept sacrements, l’adoration des images du crucifix et des reliques. La difficulté était encore accentuée par le fait que les Parfaits et Parfaites ne payaient pas la dîme à une Église qu’il considérait comme étant l’œuvre du Diable puisque adorant le Dieu de la genèse elle adorait le créateur du monde visible. C’est donc tout naturellement que Philippe II dit Auguste (1180-1226) et le pape Innocent III unissent leurs intérêts pour combattre l’hérésie cathare. De cette union sortira deux faits majeurs: une croisade appelée “ La croisade contre les Albigeois ” et une terrible institution : l'Inquisition. Cette office a meurtri et tuer les populations européennes pendant plus de trois siècles au nom de la préservation de l'unité catholique et c’est dans le Languedoc en 1234, que cette machine policière a commencé son sinistre ouvrage suite à l’échec de Église totale des cathares par la croisade contre les Albigeois. Mais c’est surtout après l’assassinat de deux inquisiteurs à Baignant le 29 mai 1242 par une troupe de cavalier en provenance de Montségur, dernier refuge cathare non soumis à cette date à la couronne capétienne, qu’elle a vraiment intensifier son ouvrage et que ses actions n’ont plus faiblit jusqu’à la disparition du dernier Revêtu, Guillaume Belibaste, brûlé en 1321 sur la place public de Villerouge -Termenes. Notons que le 16 mars 1244, la dernière forteresse cathare Montségur, dont les ruines aujourd'hui sont le point de ralliement de tous ceux qui veulent se souvenir et qui reste le lieu symbolique par excellence de la résistance cathare, tomba aussi après un siège d'un an au main des Francs. Les deux cents hommes et femmes qui y étaient restés refusèrent d'abjurer et furent brûler. Pour effectuer sa sinistre besogne, Le Légat du pape Romain de Saint -Ange avait édicté un règlement applicable à tous au même titre que le droit civil et criminel. En voici quelques extraits : dans chaque paroisse l’évêque nomment un laïc qui pourra visiter chaque maison suspecte d’abriter un hérétique. Quiconque aura donné asile à un ou plusieurs hérétiques verra sa maison brûlée. - Chacun peut rechercher les hérétiques sur les terres d’autrui. - Si quelqu'un abandonne l’hérésie de son plein gré , il devra changer de résidence. Il portera sur ses vêtements deux croix le signalant à tous. - Si quelqu'un abandonne l’hérésie une fois capturé , il sera emprisonné et ses biens confisqués. - Tout homme âgé de plus de 14 ans et toute femme âgée de plus de douze devra jurer fidélité à la foi catholique. Un recensement de chaque paroisse permettra de s’assurer que tous auront prêter serment. - Nul ne pourra posséder de livre sacré, Ancien et Nouveau Testament. - Tout testament sera rédigé en présence d’un prêtre sauf à être frappé de nullité. Voici maintenant les peines prononcées par les tribunaux d’inquisition dans l’ordre croissant : La prison au “ murus strictus ” La prison au “ murus strictissimus ” Le bûcher à feu ardent , entraînant un trépas rapide Le bûcher à feux doux, prolongeant longtemps le supplice Ce règlement fut appliqué avec rigueur et a profondément marqué la vie sociale du pays d’Oc pendant cette période. Ce ne sera qu’au XVIème que l’étau se relâchera. Le deuxième fait majeur fut la croisade contre les Albigeois. Cette terrible entreprise de guerre appelée de ses voeux déjà en 1198 par le pape Innocent III démarra réellement en 1209 suite à l'assassinat de son légat Pierre de Castelnau. Elle fut conduite par Simon de Montfort et dura 9 ans pendant laquelle tout le pays d’Oc fut mis à feu et à sang, jetant les Parfaits et Parfaites au bûcher. Nous ne nous étendrons pas plus sur cette guerre, sinon pour dire que l’autorité militaire suprême fut confiée à Arnaud Amaury, l’abbé de Cîteaux. Constituée de 79 Chevaliers de haut rang, vingt mille cavaliers et cent mille manants bien entraînés car la plupart revenait de Terre Sainte, cette armée fut efficace partout où elle engagea la bataille. Mais c'est surtout à Béziers, le 22 juillet 1209, que la barbarie a atteint son comble. La ville fut attaquée, suite au refus des habitants de livrer les deux cents vingt deux cathares en ses murs et malgré les tentatives désespérées des prêtres catholiques brandissant la croix pour protéger leur ouailles, toute la population passa de vie à trépas soit vingt mille âmes. Les historiens s’accordent à dire que c’est l’abbé et légat du pape qui depuis Cîteaux a dit à Simon de Montfort avant l’assaut "Tuez les tous , Dieu reconnaîtra les siens". Simon de Montfort, suite à ses succès militaires hérita effectivement du Comté de Toulouse mais en profita peu puisqu’il fut tué par un boulet qui lui fracassa la tête lors du siège de Toulouse en juin 1218. Nous nous arrêterons là pour la politique et les faits de guerre, car ce n’est point le propos principal de cette planche . Mais je crois qu’il était nécessaire de situer l’époque, car la naissance d’une philosophie ou d’une religion ne peut se dissocier du contexte social et culturel de la région qui l’a vu naître. Passons maintenant , si vous le voulez bien à l'étude de la religion cathare et à sa spécificité doctrinale. Le nom de “cathare ” vient du grec katharos qui signifie “pur” . Les cathare ne se sont jamais appelés entre eux comme ça et le terme fut utilisé surtout par leurs opposants en Allemagne. Ailleurs on les appelaient “ popplicains ” en Flandre, “ Patarins ” en Italie ou encore “ Boulgres ” en Bosnie. Dans le pays d’Oc ils étaient appelé “ tisserands ” ou “ tisseyres ” en raison du métier qu’ils exerçait le plus fréquemment. On pense que le mot cathare est dérivé aussi de catus qui veut dire en latin “ chat ” parce que dans les traditions médiévales allemandes le chat était l’animal symbolique du diable. Celles-ci racontent “ que les cathares baisent le derrière d’un chat sous la forme duquel leur apparaît Lucifer ”. Cette offense colportée par l’église pour discréditer les cathares en affirmant qu’ils adoraient le Créateur Mauvais sous les espèces d’un chat était bien sûr fausse puisque que comme nous le verrons plus tard, ils le détestaient en tant que créateur de la matière. L'origine doctrinale des cathares s'inspire essentiellement du christianisme primitif et tout particulièrement de la doctrine professée par Origène, mais elle est aussi marquée par les théories gnostiques et dualistes orientales qui étaient nombreuses au début du millénaire. Rappelons que le dualisme oriental est caractérisé surtout par le mazdéisme dont le plus illustre prophète fut Zoroastre qui vécut au VIIe siècle avant l’ère chrétienne. La doctrine du mazdéisme repose sur l’incessant combat opposant le dieu de la Lumière Ormuzd au dieu du mal Ahriman que nous symbolisons en maçonnerie par le pavé mosaïque. Son livre sacré l’Avesta dit qu’Ahriman disparaîtra à la fin des temps lorsque plus personne ne voudra le suivre et que chaque homme doit toujours arbitrer en lui les bonnes et les mauvaises actions. La doctrine cathare puise donc ses fondamentaux à la fois chez Origène qui peut être considéré come le Père du catharisme mais aussi dans le manichéisme qui est une gnose dualiste chrétienne s'inspirant du mazdéisme. Il est intéressant de relevé que la notion de péché chez Origène n'existe pas puisque les Anges qui ont décidé de s'incarner le font de leur propre volonté. La chute est donc une conséquence et non pas une cause liée à une faute ou un péché comme le professe la genèse chrétienne. Il s'ensuit que les cathares ne sont pas culpabilisés par leur incarnation. Cette notion très importante sera développée plus loin. En 869, le concile de Constantinople supprime l’Esprit en l’homme et affirme qu’il faut désormais enseigner que l’homme n’est constitué que d’un corps et d’une âme douée de qualités spirituelles. Cette grave décision est en contradiction flagrante avec la doctrine d'Origène. C'est donc tout naturellement que quelques dissidents gnostiques vivants en Bulgarie décident alors de propager la réalité de l’Esprit dans le monde. C’est à partir de cette date qu’ils furent appelés Bogomile, qui signifie ami de Dieu en bulgare. Ils avaient pour seule mission de réaffirmer l’existence de l’Esprit, de l’enseigner par une doctrine et de le manifester par le travail. Pour eux, le Dieu suprême est unique, il est source de Bien et d'Amour et n'a pas pu créer le mal. Il est tout puissant dans le Bien et il peut tout ce qu'il veut, mais il ne peut pas tout vouloir, car Dieu ne peut pas vouloir les maux et il ne peut pas se détruire lui-même. Le mal est personnifié par le Prince des Ténèbres, l'Ennemi Malin ou encore le Monstre du Chaos qui n'est pas au même niveau que Dieu. Il est le principe négateur, corrupteur, destructeur. C'est une puissance capable de dévoyer le Bien et sa création est une tentative permanente de destruction de la Bonne Création. Face à l'Esprit, il invente la matière pour faite tomber l'Esprit dans la matière. Face à l'Eternité il invente le temps indéfini pour que tout se corrompe dans la durée. L'objectif du Malin est que le Royaume de Dieu s'anéantisse dans le Monde. C'est une puissance chaotique opposée à Dieu mais qui n'est pas son égal ni en valeur ni en Être. Par lui-même, il n'est rien et n'existe et se manifeste que par une confrontation créative de Être c'est à dire de nous. Ainsi donc le bien et le mal ne sont pas égaux puisque le Bien procède de l'essence tandis que la mal se révèle dans la substance manifestée; mais il y a néanmoins deux créations, deux ordres de réalités opposées qui sont : d'une part les réalités spirituelles, invisibles et éternelles, domaine de Dieu vivant et vrai et de Dieu de justice et de Vérité d'où émanent les âmes comme les rayons émanent du soleil. C'est le monde de l'Amour et de la Charité. d'autre part, un monde visible, ensemble des réalités matérielles et temporelles, transitoire, corruptible et voué à la destruction. C'est ici que se développe le mal, que les corps de chair souffrent, se dégradent et meurent. C'est dans ce monde que vit la vanité, l'orgueil, l'avarice, la cupidité, les malheurs, les maux et les maladies. C'est un monde illusoire, transitoire et de résistance où le mal se développe dans le temps mais aussi dans la matière. Pour les cathares, le monde matériel est vain, n'a pas de sens , car pour eux à quoi bon exister si ce n'est pas pour toujours. Ce monde est donc Néant et ils le justifiaient en citant cette phrase de Saint Paul: "Sans la charité je ne suis rien". Pour les catholiques ce propos est compris comme une réflexion morale qui signifie : "aidez votre prochain" tandis que l’interprétation par les cathares était la suivante "Sans la charité je ne suis que néant". ce qui veut dire que: si je n'ai pas en moi cette parcelle divine qu'est la charité , je ne suis qu'un corps de chair corruptible et vain et j'appartiens au Néant. Cette merveilleuse profession de foi gnostique leur a permis de vaincre bien des peurs et des souffrances tout au long de leur tragique destin terrestre. Le dualisme cathare est-il absolu, ou comme le pense certains exégètes, mitigé ? Si l'on considère qu'il existe un dualisme mitigé alors il faut accepter que le mal est nécessaire dans la conquête du Bien et que son rôle est primordiale chez l'homme puisqu'il doit effectivement le conquérir et le dominer afin de le transmuter en Bien. Ainsi dans le dualisme mitigé le mal qualifie la force par laquelle s'accomplit et s'entretient la Création matérielle dans son œuvre d'édification et de progrès. Cette constatation rapportée à notre époque où le scientisme devient presque une religion est intéressante car elle permet en fait de relativiser la notion de progrès matériel au regard de la spiritualité puisque ses effets n'intéressent que Satan. L'adoration du Veau d'Or, en fait la divinisation de la matière sous toutes ses formes est du domaine du Bas et n'a que pour seul effet d'augmenter la puissance du malin symbolisant l'exaltation des tendances perverses et de retarder le processus d'évolution spirituelle qui est la quête sans fin de la recherche de sa parcelle de charité ou de divinité. Les notions de résistance, d'inertie, d'enchaînement, de mal être sont à prendre, dans le contexte du dualisme mitigé, comme autant d'obstacles à laquelle il faudra nécessairement s'affronter. Pour tout ceux qui privilégient la voie de la recherche de la lumière l'obstacle sera alors un merveilleux terrain d'expériences nouvelles qui leur permettront d'acquérir les notions indispensables pour s'élever vers Dieu. Mais pour tout les autres qui ne veulent pas combattre les poisons de l'inertie, les pesanteurs de la vie se transformeront en amertume et contribueront à toujours plus masquer les chemins qui mènent vers la Lumière. Le franc-maçon est un homme privilégié, car dès son initiation il est mis sur un chemin qui lui permet de vaincre et de transmuter les obstacles de la vie. Son implication en tant qu’initié est engagé dans un serment qui lui garantit de ne jamais faiblir devant l'adversité car elle conditionne à la fois l'équité comportementale de l'ensemble des FF…, mais aussi la qualité de son processus initiatique. Cette notion d'évolution responsable vers plus de clairvoyance intérieure dans le calme fraternelle d'une loge et l'Amour de ses FF… est le plus sûr garant pour ne pas obscurcir la Lumière. Mais revenons, si vous le voulez bien au catharisme. Les cathares disent que l'homme est corps, âme et Esprit. En se détachant de la matière, c'est à dire en étant libéré de l'envie matérielle et psychique ainsi que des contraintes corporelles, il permet à son Esprit (parcelle divine ) de croître et de s'unir à Dieu (noce mystique). Par ailleurs, l'emprise du mal (puissance corruptrice) diminue quand l'Esprit s'approche de l'éternité. Il ne faut donc pas donner d'importance au temps qui est un des outils du Malin. Mais l'âme peut succomber à la matière, il s'ensuit alors que l'Esprit s'échappe (n'apparaît plus à la conscience) et le corps qui est une prison enferme à nouveau l'homme dans le cycle des Renaissances. Mais si l'âme ne succombe pas au Malin, l'Esprit assure ensuite la transformation du corps, puis l'âme se soumet à l'Esprit pour être transformée car l'Esprit a besoin de l'âme pour s'élever. Corps, âme et Esprit sont indissolublement lié pour l'accomplissement d'une seule œuvre l'union avec Dieu. Pour bien comprendre la différence entre le dualisme radical et le dualisme mitigé il faut que nous reprenions la pensée de Jean de Lugio sur le pouvoir de création de Dieu explicité dans le livre des deux principes. Il affirme premièrement que : " le vrai Seigneur Dieu crée ou fait quand il ajoute quelque chose aux essences des êtres qui étaient déjà bons afin qu'ils puissent secourir les âmes qui doivent être sauvées" Jésus-Christ et les anges sont de cette nature. Il affirme deuxièmement que "Dieu fait ou crée quand il ajoute quelque chose aux essences des identités qui avaient été créées mauvaises ". Enfin Il dit troisièmement que : Dieu crée ou fait quand il permet à celui qui est entièrement mauvais d'accomplir quelque chose qu'il désire en tolérant un temps sa malice etc… En clair, selon le docteur cathare Jean de Lugio, Dieu a consenti pour un temps à la création du mal. Par conséquent, dans le dualisme mitigé le mal principiel que les cathares appelle néant est sous le contrôle d'un ange rebelle nommé Lucifer dont les actions sont acceptées momentanément par Dieu. Dieu n'a donc pas de relations directes avec le mal ; Il est responsable de la création de Lucifer, mais pas des actes que ce dernier commet. Ainsi, le néant est donc composé d'une matière issue du mal qu'il faut combattre, sous l'œil vigilant de Dieu qui accepte temporairement une telle situation. Le dualisme radical est bien sûr d'une autre nature puisqu'il affirme qu'il y a deux principes de création opposés qui s'affrontent dans un combat titanesque et que la réalité perçue par les hommes est une création satanique. dans ce cas de figure, les hommes sont donc l'œuvre de Satan, ils sont donc des damnés qui se reproduisent pour que le principe du mal triomphe sur celui du Bien. Le dualisme radical trouve ses fondements dans les trois arguments suivants Selon Aristote, "les principes des contraires sont des contraires". Or le Bien et le Mal sont des contraires, ils sont donc des principes contraires. CQFD Le troisième verset du prologue de Jean dit: "Par Lui (Dieu) tout a été fait et sans lui rien n'a été fait". Les cathares interprétaient la seconde partie du verset : "Sans Lui a été créé le Néant" qui était le monde visible. Le texte latin complet du verset est : "Per spsum omnia facta sunt, et sine ipso nihil factum est" . C'est l'interprétation du terme nihil qui a posé problème avec les doctrinaires catholiques. Enfin le troisième argument est que Dieu n'a pas pu créer le mal. Il est viscéralement en-dehors du monde du mal et il est éternel, immuable et non perceptible par l'intellect, il ne peut donc pas être représenter et effectivement les cathares interdisaient toute représentation de Dieu ou du Christ. Le traité de Bartholomé est tout à fait explicite sur le dualisme radical en ce sens qu'il dit que: "Si Christ n'appartient pas à la création présente, c'est donc que celle-ci est mauvaise " puis il dit encore : "qu'y a t il de plus lumineux que le soleil, néanmoins il disparaîtra" ce qui signifie que le monde est voué à la finitude. Enfin, il répète plusieurs fois le troisième verset de saint Jean : "Toutes choses ont été faites par Lui et sans Lui a été créé le Néant" A ce stade de l'étude , Mes FF… je souhaiterai avant de parler plus précisément de l'église cathare, du baptême, du salut et de ses pratiques vous entretenir sur le libre arbitre; car il me semble qu'à la lumière de nos rituels maçonniques et du dualisme mitigé que nous avons explicité plus haut nous pourrions en tirer quelques enseignements sur le déterminisme. Le philosophe français Maurice Blondel a dit que "sous quelque forme qu’elle s’offre à la conscience , la pensée de Dieu y est apportée par un déterminisme qui nous l’impose" En a-t-il toujours été ainsi dans la pensée humaine ? Pour le matérialiste, la nature existe par elle-même, elle n’a pas de conscience. Je suis en tant qu’être humain pensant le produit du hasard et le témoin abasourdi d’une histoire éphémère qui n’a pas de sens. Dans une telle disposition d’Esprit le matérialiste peut aussi bien s’identifier au scientisme qu’à toute sorte d’idéologie immanente (communisme, libéralisme etc ) puisque seul sa raison en dicte les limites. Sa morale est le je-m'en-foutisme pur, où prédomine le règne des sens, la seule recherche du plaisir et du caprice. Pour le panthéiste qui fut représenté par la religion des druides mais aussi par l’animisme toujours en vigueur aujourd’hui en Afrique, la nature se suffit à elle-même mais elle est une âme pensante. La nature s’identifie alors à Dieu et elle est représentée par toutes sortes de dieu qu’il faut vénérer et amadouer pour ne pas subir leurs fougues. Pour le monothéiste transcendant : Dieu est transcendant, créateur distinct de sa création. L’homme est soumit à un loi divine qu’il ne peut pas refuser sous peine de subir son courroux. L’exemple de ce monothéisme est la religion de l’Ancien testament. Dans un autre cas de figure représenté par le bouddhisme, seul l’Esprit est réalité et le monde matériel illusion. C’est alors une philosophie de la renonciation aux désirs terrestres pour atteindre le Nirvana. Enfin, il y a le Dieu omniscient, omniprésent et omnipotent, caché et endormi dans notre personnalité, qu’il faut conquérir par une ascèse personnelle. Nous retrouvons dans ce cas de figure toute la gnose et la grande Tradition ésotérique. Chacun de vous mes FF… se retrouvera dans l’un ou l’autre des cas cités. Pour beaucoup la situation n’est pas aussi simple que celle décrite plus haut qui, je le reconnaît, a été simplifiée à l’extrême. Mais tout est affaire de proportions, c’est la rançon à payer à la diversité humaine qui est comme vous le savez notre plus grande richesse. Le dualisme radical et mitigé des cathares se rapporte à ce Dieu caché qu’il faut rechercher en nous à l’instar de la proposition qui est faite au récipiendaire lors d'une initiation maçonnique. Notons que dans la philosophie du REAA, il est nullement exigé que l’initié ait des prédispositions spécifiques à la transcendance mais elle affirme aussi qu’il n'existe aucune limite à la recherche de la Connaissance ce qui laisse sous-entendre que tout initié doit savoir choisir entre la voie qui mène vers le Bien de celle qui enrichit le Mal. Le choix est donc binaire; ou évoluer vers plus de clarté intérieure ou involuer en s'enchaînant dans la matière. Le mérite de l'initiation maçonnique est de révéler à la conscience suffisamment d'espace pour que le libre-arbitre décide; mais peut-on vraiment décider en même temps d’aller vers le bien et vers le mal ? Avons-nous vraiment le choix au plus profond de la conscience ? C'est une question importante et la phrase de Maurice Blondel a le mérite de situer dans son essence le déterminisme de la question de Dieu, car prononcer le mot de Dieu c’est redécouvrir en soi-même la conviction implicite d'une marche vers la perfection qui débouche naturellement sur une morale de l'Amour vrai, celle de l'homme qui aime l'autre pour lui-même pour son bien et non pour son seul plaisir à soi. C'est aussi retrouver de la lucidité intellectuelle pour ne plus choisir une sorte de morale rigide avec ses jugements, ses reproches et ses perpétuelles condamnations. C'est enfin donner du sens au déterminisme implacable de la vie terrestre qui sans besoin de spiritualité aboutit à une forme de schizophrénie que Saint Paul a bien montré dans la phrase suivante: "Je ne fais pas le bien que j'aime et je fais le mal que je hais" L’idée de redemption toujours associée à la notion de faute ou à un péché existentiel dans les religions judéo-chrétienne disparaît totalement chez les cathares puisqu’ils croyaient à la reincarnation et n'acceptaient pas le sacrifice rédempteur de Jésus. En effet pour eux, les tortionnaires du Golgotha n'avait crucifié qu'une ombre. Il n'y avait donc pas eu redemption mais appel puisque Jésus n'était venu que pour proposer un modèle de vie. Dans leur esprit, le temps est l’œuvre du diable, il ne fallait donc pas en user et abuser mais bien au contraire le transcender afin de se rapprocher toujours plus de l’éternité puisque comme nous l’avons exprimé plus haut c'est proche de l’éternité que l’Esprit se libère de la matière et que les noces mystiques avec Dieu peuvent s’accomplir. Aujourd'hui, il existe des techniques comme la sophrologie, le yoga ou certaines ascèses qui diminuent l’emprise du corps sur la psyché et créent des états de conscience élargis, souvent illuminateurs, vécus et ressentis par les intéressés comme déconnectés de la notion du temps terrestre. J’ai personnellement, grâce à la sophrologie, fait l’expérience d’une telle situation et je peux vous affirmer qu’elle renforce mystérieusement la composante altruiste de la personnalité et donne du sens à la vie en général. “Les âmes de Dieu passent de corps en corps et toutes seront délivrées , à la fin, de la faute et de la pénitence” affirmaient les cathares et ils ajoutaient “l’âme passe de corps en corps jusqu’à ce qu’elle soit sauvée” La réincarnation pour eux est donc un processus évolutif et ascendant. Le retour dans le monde sensible n’était pas le but en soi, mais il est accepté comme une nouvelle période, une nouvelle chance pendant laquelle il faut s’affronter à tout ce qui fait barrage à la transmutation des valeurs terrestres. Les Parfaits vivaient une ascèse stricte. Les obligations du Consolamentum ne laissaient pas de place à des faiblesse morales. Aucunes fautes n’étaient permises et elles étaient sanctionnées par des jeûnes ou des carêmes appelé Endura. Ceux-ci devaient simplement rappeler au pénitent que le Christ avait enduré la même épreuve dans le désert. Signalons que pour un manquement léger à la règle, par exemple, toucher la peau nue d'une personne du sexe opposé ou dire un mensonge, même par inadvertance, il fallait jeûner au pain sec et à l'eau pendant neuf jours. Pour des fautes sévères, l'Endura était ordonnée par le plus ancien des Parfaits après une confession publique devant la communauté des Parfaits et, si la faute était activement et effectivement consommée, il y avait d'abord un diète totale de trois à vingt-sept jours non consécutifs. Les manquements gravissimes à la règle appelés, péchés mortels, (relations sexuelles, perte de la foi, trahison de la communauté, délation, meurtre, consommation de viande) étaient traités secrètement et individuellement entre le Parfait fautif et l'Ancien . Dans tous les cas, le Parfait perd sa qualité de Parfait et il est exclu de la communauté. Les obligations d'un Parfait étaient les suivantes : venir en aide à son prochain en toutes circonstances, favoriser la prise de conscience, respecter toutes vies, ne jamais combattre ni par les armes, ni par la force, pratiquer le jeûne à intervalle régulier, ne pas manger de viande, ni des produits venant des animaux, demeurer chaste et surtout rester fidèle à l'Esprit en toute circonstances. Les cathares n'avaient pas peur de la mort et ne reniaient jamais leur serment d'allégeance à l'Esprit. Ils ne combattaient pas leurs ennemis et acceptaient les sentences des tribunaux d'inquisition. D'après les historiens il n'existe pas de cas où un parfait a renié sa condition pour obtenir la vie sauve. Ils avaient bien compris que " Tout s'accomplit ailleurs" et qu'il est vain de vivre un parjure ici-bas. La condition de Revêtu(e) était décerné une fois que le candidat a reçu le Consolamentum. Mais pour l'obtenir le postulant devait accomplir une longue période d'ascèse, en général deux à trois ans, au sein de communautés qui lui enseignaient les quatre degrés de la loi d'Amour qui sont: la séparation ou la perte du vieil homme. Étape nécessaire pour prendre conscience exotériquement du bien fondé de sa démarche (mourir à l'homme matériel) qui est analogiquement reliée au degré du Soupirant des troubadours définis dans l'Amour courtois. L'admission ou le Croyant . La plupart des chrétiens cathares en restaient à ce stade. Ils étaient reconnus par la communauté et bénéficaient d'une fraternité active. Cette étape correspond analogiquement au degré de Suppliant du troubadour. La révélation ou la Connaissance mystique. C'est à ce stade que l'impétrant recevait le Consolamentum et qu'il obtenait le titre de Parfait. Ce degré est celui de l'Amoureux des troubadours Le retour ou la vie dans la Vérité. Dieu est maintenant dans son coeur car la mariage mystique est consommé. Le mal est vaincu, seul domine dans la volonté l'entendement du Bien. Le Parfait peut donc être au service de l'humanité. Ce quatrième degré est celui de l'Amant des troubadours. Il faut noter que le Consolamentum est l' unique sacrement cathare. Il était donné par une assemblée de Revêtus avec la présence des Croyants dans un lieu insignifiant, en général une grotte et dans la pénombre. Comment se pratiquait-il ? Le néophyte entre accompagné du plus ancien des Revêtus présents et s'agenouille devant l'autel sur lequel repose l'évangile de Jean qu'il salue par trois fois; puis il dit sa volonté d'assumer d'être un bon Chrétien. Suite à la lecture du prologue de Jean le récipiendaire prend son engagement comme suit : "je donne ma foi à Dieu et à l'Evangile. Je promet de ne jamais mentir ni faire de serment. De renoncer à l'acte de chair. De ne jamais tuer d'animal ni manger de viande. De ne rien faire sans dire l'Oraison. De ne jamais voyager ni manger sans compagnon. De ne jamais trahir la Foi même sous la menace de mort par l'Eau ou par le feu". Puis il s'agenouille devant l'officiant qui lui pose l'Evangile de Jean sur la Tête et qui le consacre. De même toutes les personnes présentes lui posent également la main sur la tête. La cérémonie se terminait après une prière commune et un baiser de paix. Faisant suite à cette émouvante et belle cérémonie, comment comprendre l'acharnement du clergé catholique pour éradiquer l'église cathare sinon pour dire combien elle avait peur à la fois de perdre son pouvoir quant à l'administration des sacrements du salut mais surtout d'être confrontée à une relecture permanente du dogme de la redemption du Christ. Chez les cathares Jésus n'est pas venu sur terre pour se sacrifier pour le salut des hommes mais pour transmettre un message et offrir à l'humanité entière la clé qui ouvre les portes du salut. De nature divine, car reconnu comme le fils de Dieu, il ne s'était pas incarné et n'avait pris que l'apparence humaine car Dieu n'aurait pas permis qu'il subit la crucifixion. Jésus était donc venu sur terre pour enseigné la voie du salut, puis il est remonté au ciel, laissant à l' Esprit consolateur le soin des âmes. La transmission de l'Esprit se faisait, chez les cathares par imposition des mains lors du Consolamentum qui était pour eux le vrai baptême d'esprit et ils disaient que le baptême d'eau pratiqué par Jean-Baptiste n'était qu'une première étape, une sorte de baptême de purification et de repentance qui n'efface pas les péchés. Ils justifiaient cette pratique en citant une phrase de Jean-Baptiste:"Un autre viendra après moi, plus fort que moi et il vous baptisera par le feu et l'Esprit" La symbolique en finalité du baptême spirituel est claire, c'est réaliser l'union spirituelle de l'âme emprisonnées dans le corps avec son Esprit resté au Ciel et si l'union ne peut être envisagée de suite elle met l'homme naturellement sur le chemin de la Connaissance (gnose) et fortifie son choix, mais c'est aussi la certitude d'une transmission de l'Esprit jusqu'à la fin des temps. Rappelons que la finalité du dualisme cathare est que le Mal peut triompher dans le temps mais que le Bien triomphe toujours dans l'Eternité C'est avec cette conviction qu'ils disaient que toutes les âmes seront sauvées y compris celle de Satan afin que s'accomplissent la victoire de la Bonne Création. En Maçonnerie nous disons que tout individu est initiable s'il est libre et de bonne mœurs. Nous sommes mes FF… dans la même logique que celle du dualisme mitigé car la recherche de la Lumière symbolisant l'Esprit se fait toujours par une prise de conscience de tout ce qui s'oppose à la conquête de sa parcelle de divinité. Ce n'est que lorsque la conscience est débarrassée des certitudes et des peurs que le candidat implicitement accepte une cause première appelée en maçonnerie le GADLU. La force et la grandeur de la maçonnerie est de laisser chaque F… définir par lui-même la voie qui le mènera à établir les rapports entre le corps, l'âme et l'Esprit. Ainsi, les voyages vécus durant les diverses initiations du REAA et les nombreux symboles qui y sont rattachés sont un merveilleux outillage qui lui permettront enfin de savoir qu'il ne sait rien puisque tout s'accomplit dans un baiser mystique. Guidé par l'amour de ses FF… et affranchi de la peur, il marchera alors toujours plus libre vers la Lumière comme le faisait les cathares huit siècles plus tôt. Nous voyons bien que la gnose est l'élément moteur de la quête initiatique maçonnique. Mais comme elle est perçue dans un temple, elle est associée naturellement au pavé mosaïque qui symbolise la réalité duale de la vie. A l'instar des cathares le maçon doit clarifier son comportement personnel et social compte tenu de cette dualité. Nous aimons dire que la solution est à l'interface du blanc et noir mais est-ce toujours simple de situer la frontière ? Dans la réalité l'homme est confronté à une profonde inertie existentielle, à des obstacles de toutes natures et à des résistances qui engendrent beaucoup d'interrogations. Il faut donc des règles à la fois pour les comprendre et les dépasser. L'une de celles-ci est que tout obstacle est utile s'il est compris dans une dimension gnostique dont nous rappelons ici le sens : connaître pour croire et non pas croire pour connaître. En effet, pour retrouver la lumière il faut tailler sa pierre. Ainsi, l'édifice communautaire qui la reçoit, car une pierre ne peut en aucun cas rester isolée, rayonne de l'harmonie et par diffusion apporte de la lucidité intérieure. Nous retrouvons ici deux éléments essentiels, l'importance de l'harmonie communautaire dans le travail introspectif réalisé dans le cadre d'une loge maçonnique, par exemple, et la nécessité de combattre pour vaincre l'obstacle. C'est lorsque ces deux facteurs sont utilisés avec intelligence que la frontière qui sépare le blanc du noir est à nouveau perçue et qu'un acte volitif libérateur renforce l'intuition et conforte l'initié du bien fondé de son choix. En résumé, ici-bas, il n'y a aucune fatalité dans le malheur, il existe parce que le bonheur est son opposé naturel. Il est donc vain d'osciller entre ces deux pôles car on ne fait qu'entretenir une sorte de mouvement perpétuel. La libération ne vient que de la conviction intime que le processus gnostique qui nourrit l'enthousiasme de vivre est évolutif et ascendant. Le rôle de l’Esprit est donc primordial quant à la Connaissance de l'Esprit. Qu’il s’appelle Dieu, GADLU, Premier principe, Unité du Tout il ne peut être éludé puisqu’il est la dynamique constitutive de la gnose. Vivre sa spiritualité dans un processus évolutif ascendant signifie qu’il ne faut pas rechercher derrière soi ce qui me meut ici-bas. Il faut avancer en sagesse et en amour dans la conquête de sa parcelle de divinité en utilisant la science spirituelle je veux dire l'utilisation de l’intelligence au service de l’Esprit. La Connaissance des Cathares résulte d’expériences intérieures nécessitant une pureté préalable qui exigeait un énorme effort sur soi-même. Nous sommes en maçonnerie dans la même logique puisque chaque F… doit tailler sa pierre et pratiquer dans le monde profane les vertus acquises lors de ses diverses initiations. L’effort est tout aussi exigeant que celui des cathares et comme eux il doit aider ses FF… dans le besoin et s’opposer à tout ce qui contrarie l’avènement d’une force psychique et d’une puissance spirituelle pour arrêter le règne des bas instincts qui engendre guerre et malheurs. pour arrêter le règne de l’intelligence humaine au service des choses matérielles détruisant la nature. pour arrêter et combattre tous les dogmes imposés et limités qui engendrent des sectarismes douteux paralysant la quête d’une évolution spirituelle. Notre force dans cet engagement est l’exemplarité et la nécessité absolue de rester fidèle en toutes circonstances à notre serment maçonnique. Le parjure exprimé dans une quête gnostique est la pire des trahisons car il entretient et qualifie les forces du Bas dans leurs besoins de manifestation et entraîne le malheureux infortuné qui choisit cette voie à vivre en quelque sorte le mythe de Prométhée puisqu’il rejette l’appel de l’Esprit qu’il a pourtant dûment reconnu et accepté lors de son initiation. Comme le rappelle le rituel au 1er degré du REAA, nous aurons peut être un jour à faire le sacrifice de notre vie pour rester fidèle à l'idéal que nous avons volontairement choisi. Que ce terrible choix puisse ne jamais arriver, mais si les circonstances politiques le veulent qu’il se fasse alors dans la conviction sublime que les rayons de la lumière de l’Esprit doivent toujours rester visible dans les eaux troubles parce que toute diminution de leurs éclats retarde l’accomplissement du temple universel à laquelle travaille inlassablement tous les Francs-maçons sur cette terre. Les cathares ont tous été brûlés car ils n’ont jamais abjuré leur convictions. Ils partaient dit-on sur les bûchers en chantant car ils savaient que le corps appartient au temps, que le temps est l'œuvre du diable et que seul l'Eternité est le domaine de l'Esprit. En maçonnerie, nous disons que: rien ne s'achève ici-bas mais que tout s'accomplit ailleurs. Je vous laisse juge de faire la conclusion qui s'impose. Chaque instant d'Amour est une parcelle d'éternité. Tout le reste est sable entre nos doigts… (Sadhana)André M. Frère de la loge Fidélité et Prudence à l’Orient de GenèveSources:
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