Transmission du maillet voyageur

 Transmission du maillet voyageur

 

Conférence donnée le jeudi 11 mars 2010

à la

Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève

par

 

À LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS

SOUS LES AUSPICES

DE LA GRANDE LOGE NATIONALE FRANCAISE

PROVINCE AUSTRASIE CHAMPAGNE ARDENNE

R.L. CHRESTIEN DE TROYES N° 398

CHARTE ACCORDÉE LE 19 JANVIER 1985

 

RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

Transmission du maillet voyageur

 

Vénérable Maître et vous tous mes Frères en vos grades et qualités,

Nous sommes très heureux, mon Frère Christian et moi, d’être les transmetteurs du maillet qui symbolise la véritable volonté maçonnique, celle de répandre la fraternité et la paix à travers le monde.

Avant d’aller plus loin, nous devons présenter comme il se doit notre Respectable Loge Chrestien de Troyes N°398, qui travaille à l’Orient de la capitale des Tricasses, Troyes en Champagne.

Notre Loge n’a que 25 années d’existence puisque sa Charte a été délivrée par la Grande Loge Nationale Française le 19 janvier 1985.

Nous avons le plaisir de retrouver aujourd’hui une trentaine de frères fidèles, qui ont le bonheur d’être membre de la loge. Certains voyagent, en Nouvelle Calédonie, au Viêt-Nam, en Guyane. Tous nous accompagnent dans votre espace symbolique et ils sont heureux de nous savoir accueillis de la sorte.

Nous n’en pouvions pas douter puisque votre émissaire, notre Frère Rémy qui nous a visité, nous a montré une délicatesse que l’on ne rencontre plus que dans le chocolat Suisse. Dans “Yvain ou le Chevalier au Lion”, Chrétien introduit son récit par ce préliminaire qui suscitera la quête du chevalier Yvain : « Prêtez-moi le cœur et l’oreille car la parole se perd si le cœur ne l’entend pas ». Merci donc mon Frère Rémy, de n’avoir point perdu la parole. De notre côté, je reconnais bien notre Frère Christian porteur d’une belle humanité qui sait, par tous les pores de sa peau, se faire entendre.

Ainsi donc, Chrestien de Troyes est un trouvère né à Troyes en 1135 et mort en 1183. Il est le créateur de la Légende du Graal, de Lancelot, de Perceval, du développement de la légende arthurienne et de Merlin l’Enchanteur ; considéré comme l’un des premiers auteur de romans de chevalerie, il affirme avoir écrit sur le « comandemant de ma dame de Champagne », c'est-à-dire de Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine et du roi de France, Louis VII ; celle-ci a épousé en 1164 le comte de Champagne Henri 1er le Libéral.

Dans le prologue de sa dernière œuvre, le Conte du Graal, il indique être au service de Philippe d'Alsace, comte de Flandres. Ce récit initiatique est destiné au futur roi, Philippe Auguste dont il est le précepteur. Le terme Graal est d’essence champenoise et désigne un plat creux à poisson qui, lors de la procession chez le roi-pêcheur, est porteur du viatique d’éternité, l’IKTUS des premiers chrétiens.  

Le conte du Graal fonde le mythe le plus important du Moyen Age. De ce texte énigmatique et fascinant va procéder toute une moisson de chefs-d’œuvre, de représentations et de questions qui continuent d’inspirer l’imaginaire occidental.

Les aventures des chevaliers, héros de ces romans ont bien entendu un sens symbolique : il s'agit de la quête d'une identité. Le mythe du Graal (1170), emploie les ustensiles du culte celte qu’il christianise, en particulier le « chaudron » du Dagda, la « coupe de Souveraineté », et l’épée de Dagda. Le Mystère du monde celte qui inspire Chrétien lui permet de parvenir à une nouvelle conception de la chevalerie au service d’un univers mythique et mystique.

A noter que le roi-pêcheur est boiteux et que Perceval est le fils d’une veuve ; il est candide ou plus exactement naïf au commencement de sa quête ; son destrier est blanc et les armoiries de son écu sont vierges. Son armure est vermeille, couleur sang évidemment alchimique. Nombre de caractéristiques récurrentes des mythologies antiques et que nous pouvons aisément transposer dans notre propre monde initiatique.

Les légendes restituent le processus par lequel l’homme peut recouvrer sa pureté et sa plénitude. Cette voie doit amener le Chevalier à dompter ses désirs, ses envies et ainsi à penser juste, à comprendre juste, à parler juste et à agir juste. Tout le scénario et les personnages évoquent les images qui éclairent la conscience et permet de dompter son dragon intérieur. En fait, la quête du St Graal exige des conditions de vie intérieure qui nécessite une transformation de l’esprit et du cœur. Le graal n’est pas un trésor matériel mais spirituel, à l’instar de l’or philosophique des vrais Alchimistes.

Chrétien de Troyes réalise pour la première fois, la synthèse entre les valeurs et les initiations celtes et chrétiennes. Pour parvenir au but ultime de sa vie, Perceval doit subir une initiation ultime, c’est à dire un cheminement intérieur qui précède une révélation portée par un ermite, son Maître. Il faut que le jeune homme collabore intérieurement, que naisse en lui l’éveil aux vérités supérieures de l’existence. Et rien, aucune méthode aucun maître ne peut lui apporter cet éveil s’il ne se produit pas au plus profond de son être. Cet instant privilégié semble surgir lorsque, dans une prairie enneigée, Perceval assiste à l’attaque d’une oie par un faucon. De l’oie blessée jaillissent 3 gouttes de sang qui vont tomber sur la neige. Ces gouttes formeront un symbole dans la contemplation duquel l’imaginaire de Perceval va s’abîmer. Son être intérieur semble alors s’éveiller. Il reste interdit et pensif pendant toute une matinée, le temps s’est arrêté. Une commotion intérieure l’a saisi, il devient mélancolique et muet.

Ce hiéroglyphe de sa destinée est comme un signe secret. A ce moment précis son être bascule. Une vérité supérieure de l’existence se révèle à lui. C’est ici que la notion d’initiation dans le trajet du héros prend tout son sens. Devant les gouttes de sang Perceval découvre la raison sensible, expérience fondamentale de l’imaginaire préalable à sa découverte de la raison intelligible. L’initiation au symbole, la découverte de sa valeur profondément humaine et transformant, doit précéder tout apprentissage intellectuel.

L’ermite, le Trimégiste lui confiera dès lors les noms divins, foisonnement polysémique qui constituent depuis les pères de l’Église la quintessence de la connaissance du monde, la clef de l’Univers, où se fondent dans un même creuset le symbolique, le spirituel, l'être et sa destinée, le religieux pour certains, l'ésotérique pour d'autres, cristal aux multiples facettes, où le conscient brille des feux de l'inconscient, si, quelques résistances franchies, celui-ci sort quelque peu de l'ombre pour se métamorphoser à la lumière.

Le véritable secret du Graal consiste en un lien privilégié avec la puissance supérieure. Le vécu symbolique initiatique permet au chevalier d’éprouver le mystère, dans l’intimité silencieuse la plus profonde de son être, en résonnance avec l’immanence du Principe qui l’habite. Le Graal que Perceval percevra au terme de sa quête est un ésotérisme métaphysique qui concerne D., l’âme, le monde et la véritable liberté de l’homme. Le chevalier doit posséder la Sagesse de l’esprit, la Beauté de l’âme et la Force du corps. Il doit développer trois concepts de l’homme : la connaissance, l’amour et l’action. Connaissance de soi et de l’environnement, l’amour de l’autre, porte d’entrée à l’éclosion de l’individualité, enfin la mise en œuvre de la vie harmonieuse, en résonnance avec l’être réel au sein d’une humanité transcendée par l’amour, non pas d’une dame, mais en fraternité ;  un monde de l'esprit : un monde apaisé. Une fraternité sacrée symbolisée par l’édification du Royaume d’Arthur et de sa table ronde dont l’ambition est d’être les modèles humains de l’exercice divin parmi les hommes, édificateurs de la société idéale.

Un amour sincère et véritable qui relie les hommes au Beau, au Bien, à la Vérité et à la Justice. Il est le vecteur de l’esprit. Il est le Graal. C’est l’Espérance d’atteindre le Graal qui donne un sens à la quête chevaleresque. C’est aussi ce qui donne un sens à la quête du Maçon. C’est ce qui nous lie à Chrétien de Troyes dans sa transmission multiséculaire au monde mythique qui nous dépasse tous.

Mais il est temps d’évoquer ce qui nous rassemble aujourd’hui, la transmission du maillet voyageur, à votre loge.

Notre Frère Rémy a montré l’idée sous le symbole mieux que je ne pourrais le faire ; permettez-moi, malgré tout, de formuler ce que je ressens en tant que Maçon.

Les Maçons prêtent à l’outil une signification qui relate la nature fondamentale de l’homme depuis le début de l’humanité. Nous pouvons donc légitimement comprendre cet attachement à l’outil comme une velléité de recherche de son intimité profonde.

Or, il s’agit d’actes successifs depuis la préhistoire jusqu’à nous,  de manifestation de pensées exclusivement ouvrières où l’homme de science pure, l’intellectuel pour tout dire, n’a aucune part, où il n’intervient jamais ; tout porte donc à croire que cette mélancolie plonge dans les territoires insondés et irrationnels des individus, au temps où chacun de nos ancêtres étaient hommes de métier ;

C’est ce que nous montre le méta-langage utilisé par les Maçons qui puise dans cet irrationnel des origines. L’exploration de nos profondeurs inconscientes est donc éclairée par l’évocation des symboles d’outils de bâtisseurs. De fait, le rite sollicite notre imaginaire-vrai grâce à l’outil et c’est    ainsi que nous visitons notre terre-Adama. Cette descente chtonienne est aussi nécessaire à la spiritualité que le labour à la culture.

Et ce processus rituel qui emprunte la voie de « l’onirisme des archétypes qui sont enracinés dans l’inconscient humain » (G. Bachelard – La terre ou les rêveries de la volonté) sait que l’outil, loin d’être le prolongement de la main, est un transmetteur. Transmetteur d’énergie, soit, mais plus encore, transmetteur d’humanité.

Le maillet que nous vous remettons, Vénérable Maître, symbolise notre humanité dans toute sa composante complexe et universelle. Il le symbolise d’autant plus qu’il va à la rencontre de la multitude au travail. Il nous renforce comme le toupin, cet outil de bois central, autour duquel se tresse serrée, la corde ou le lac d’amour impérissable.

Nous l’avons reçu de la Respectable Loge  « Avenir et Espérance » de la Grande Loge Régulière de Belgique ; nous vous le remettons ce soir pour poursuivre son chemin fraternel. Il symbolise l’ambition des maçons d’être les modèles humains édificateurs de la société idéale.

Nous vous l’abandonnons avec confiance et nous savons que vous saurez en faire bonne usage.

J’ai dit Vénérable Maître.

Pour la Respectable Loge Chrestien de Troyes.

 

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