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Le Pavé Mosaïque
__________________________________________________ La tension des contraires et l’émergence de l’éthique, de l'esthétique, de la vérité et de la justice __________________________________ Vénérable maître, et vous mes très chers frères
Il parle de création et de destruction, de gains et de pertes, d'amour et de folie. Il nous veut forts sans être dépourvus de tendresse. Il exige qu'à la haine et au mensonge nous répondions sans haïr et sans mentir ; qu'à la sottise, nous répondions par la dignité ; il nous suggère de savoir méditer, observer et apprendre sans jamais tomber dans le scepticisme ; il nous invite au rêve, à condition de ne pas perdre le sens de la réalité. Il sait que nous pouvons être durs, mais il exige que nous évitions la rage ; il veut que nous soyons braves, sans jamais être imprudents ; il sait que nous devons apprendre à être bons et sages, sans devenir moraux ni pédants. Enfin, nous dit-il : Si tu peux rencontrer triomphe après défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront ; Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire, Tu seras un Homme, mon fils. Kipling oppose constamment des contraires, la création, et la destruction, la défaite et le triomphe, le gain et la perte, qu'il juge menteurs. Il nous suggère d'éviter tous ces contraires, sans nécessairement qu'il les présente et les nomme clairement. Par exemple, lorsqu'il nous suggère d'être amants sans être fou d'amour, il attend de nous que nous ne succombions ni à l'indifférence pour fuir les pièges de l'amour, ni à la folie dont l'amour nous menace. Deux extrêmes, donc. Ainsi son exigence tient en une phrase : il nous veut forts, sans violence, il exige que nous nous engagions, sans jamais perdre la maîtrise de notre existence. Kipling nous présente, à mi-mots, une mosaïque de contraires et il veut que, malgré les risques, malgré les souffrances, malgré les échecs et l'obscurité nous avancions sur le terrain miné de la vie. Il nous indique le chemin de l'équanimité. Il nous parle du pavé mosaïque. Tous mes prédécesseurs, et ils sont innombrables, l'ont compris : le pavé mosaïque masque et révèle en même temps les moyens de l'éthique. Il n’est pas immédiatement visible que le pavé masque et révèle l’un des fondements de la sagesse que nous inspirent les plus grandes civilisations : une loi d’équilibre. Mais voyez-vous tous ces carrés blancs et noirs non seulement sont identiques, mais ils n’empiètent jamais les uns sur les autres. Ils nous indique que si nous devons tendre vers la lumière, nous ne devons jamais avoir l'ambition de mettre un terme à l'obscurité. La fascination de la lumière peut nous rendre aveugles, elle peut nous rendre impitoyables, elle peut faire de nous des amants fous, des être forts mais dépourvus de tendresse, elle peut nous imposer de répondre à la sottise par l'intransigeance, à la haine et à la violence par plus de haine et plus de violence encore afin de mettre un terme à l'une et l'autre. La fascination de la lumière peut exiger de nous que nous méditions, que nous observions et que nous apprenions pour qu'il n'y ait un jour plus rien à méditer, à observer et à apprendre. Elle peut nous rendre enragés, moraux et pédants. Le pavé mosaïque nous indiquent que le haut n’est pas meilleur que le bas, que la droite n’est pas plus juste que la gauche, que le succès nous apprend moins que l’échec et que nous devons savoir accepter l’un et l'autre d'un même front. J'aimerais vous dire une vieille légende indienne, rapportée par Henri Rougeaud, une légende qui nous dit une vérité essentielle et qui pourtant pourrait nous induire en erreur : "Dans un pays aride, écrit-il, fut autrefois un arbre prodigieux. Sur la plaine on ne voyait que lui, largement déployé entre les blés malingres et le vaste ciel bleu. Personne ne savait son âge. On disait qu'il était aussi vieux que la Terre. Des femmes stériles venaient parfois le supplier de les rendre fécondes, des hommes en secret cherchaient auprès de lui des réponses à des questions inexprimables et les loups lui parlaient, certaines nuits sans lune, mais personne jamais ne goûtait à ses fruits. Ils étaient pourtant magnifiques, si luisants et dorés le long de ses branches maîtresses pareilles à deux bras offerts dans le feuillage qu'ils attiraient les mains et les bouches des enfants ignorants. Eux seuls osaient les désirer. On leur apprenait alors l'étrange et vieille vérité. La moitié de ces fruits étaient empoisonnée. Or tous, bons ou mauvais, étaient d'aspect semblable. Des deux branches ouvertes en haut du tronc énorme, l'une portait la mort, l'autre portait la vie, mais on ne savait laquelle nourrissait et laquelle tuait. Et donc on regardait, mais on ne touchait pas. Vint un été trop chaud, puis un automne sec, puis un hiver glacial. Neige et vent emportèrent les granges et les toits des bergeries. Les givres du printemps brûlèrent les bourgeons, et la famine envahit le pays. Seul sur la plaine l'arbre demeura imperturbable. Aucun de ses fruits n'avait péri. Malgré les froidures, ils étaient restés en aussi grand nombre que les étoiles au ciel. Les gens, voyant ce vieux père solitaire miraculeusement rescapé des bourrasques, s'approchèrent de lui, indécis et craintifs. Ils interrogèrent son feuillage. Ils n'en eurent pas de réponse. Ils se dirent alors qu'il leur fallait choisir entre le risque de tomber foudroyés, s'ils goûtaient aux merveilles dorées qui luisaient parmi les feuilles, et la certitude de mourir de faim, s'ils n'y goûtaient pas. Comme ils se laissaient aller en discussions confuses, un homme dont le fils ne vivait plus qu'à peine osa soudain s'avancer d'un pas ferme. Sous la branche de droite il fit halte, cueillit un fruit, ferma les yeux, le croqua et resta debout, le souffle bienheureux. Alors tous à sa suite se bousculèrent et se gorgèrent délicieusement des fruits sains de la branche de droite qui repoussèrent aussitôt, à peine cueillis, parmi les verdures bruissantes. Les hommes s'en réjouirent infiniment. Huit jours durant ils festoyèrent, riant de leurs effrois passés. Ils savaient désormais où étaient les rejetons malfaisants de cet arbre : sur la branche de gauche. Ils la regardèrent d'abord d'un air de défi, puis leur vint une rancune haineuse. A cause de la peur qu'ils avaient eu d'elle ils avaient failli mourir de faim. Ils la jugèrent autant inutile que dangereuse. Un enfant étourdi pourrait un jour se prendre à ses fruits pervers que rien ne distinguait des bons. Ils décidèrent donc de la couper au ras du tronc, ce qu'ils firent avec une joie vengeresse. Le lendemain, tous les bons fruits de la branche de droite étaient tombés et pourrissaient dans la poussière. L'arbre amputé de sa moitié empoisonnée n'offrait plus au grand soleil qu'un feuillage racorni. Son écorce avait noirci. Les oiseaux l'avaient fui. Il était mort. " Mais alors, s’il convient de conserver ce qui nous paraît néfaste au moment même où nous croyons possible de nous en débarrasser, si le noir et le blanc sont aussi nécessaires l’un que l’autre à la vie, la vérité aurait-elle la même valeur que le mensonge, ne vaudrait-elle pas mieux que lui ? Le beau ne serait-il finalement pas plus désirable que le laid ? Serait-il donc inutile de combattre pour la justice et contre l’injustice ? Et serions-nous alors condamnés au relativisme, ce cancer de l’âme ? Non, vous le savez ! Le carré mosaïque ne nous incite pas à croire que le vrai et le faux sont identiques. Il nous montre de quelle manière, en conscience, les extrêmes cohabitent, de quelle manière nous ne devons jamais nous laisser aller à cette folie de croire que nous pourrions détruire le côté sombre que révèle notre conscience afin que triomphe à tout jamais la Lumière. J'ai lu un texte qu'un de nos Frères du Grand Orient de France a écrit ceci sur Le Pavé Mosaïque (GODF Loge : Le Réveil Anicien - Orient du Puy en Velay) « Le damier noir et blanc ne représenterait plus alors l’opposition du noir et du blanc, mais le tissage qui réalise l’étoffe de l’Etre. Chaque être est sacré avec ses ombres et ses lumières. Nous possédons tous cette lumière créatrice, cette lumière incréée. La lumière n’est pas visible, elle donne à voir. » Cette lumière incréée, dont nous parle ce frère, c’est celle de notre conscience qui agit sur l’univers comme un projecteur et crée le monde de nos représentations en faisant apparaître tout ce qui s'oppose et se complète en même temps. Ce n'est pas tant l'être qui est sacré que la conscience qui permet de montrer que l'être existe, que l’entendement qui permet de dire que l’être existe. Sous cette lumière incréée nous apparaissons nous-mêmes, chacun pour notre part, comme un dense tissu de contradictions, un tissu de traits qui n’acquièrent d’existence que par ce qui s’opposent à eux et les complètent en même temps. Le noir et le blanc, le haut et le bas, la gauche et la droite, l’intérieur et l’extérieur, l’obscur et le clair, le plein et le vide, l’actif et l'immobile, le rapide et le lent, le beau et le laid, la raison et la folie, le bien et le mal, le vrai et le faux, le juste et l’injuste, etc., etc. C’est cela que fait apparaître la lumière incréée de notre conscience, c’est cela que représente le carré mosaïque : il est l’allégorie de tous ces opposés-complémentaires qui forment la trame de tout ce qui existe dans le monde de nos représentations. Mais il n’est pas que cela, il est beaucoup plus que cela : il suggère une égalité indépassable entre ces termes opposés et complémentaires. Il affirme que le noir n’existerait pas sans le blanc, ni le blanc sans le noir et que vouloir faire triompher le blanc sur le noir ou le noir sur le blanc est tout aussi absurde que de vouloir se débarrasser de l’une des faces d’une médaille et de l’une des extrémités d’un bout de bois sous l’invraisemblable prétexte qu'un bout de bois ne devrait avoir qu'un bout. Le carré mosaïque nous enseigne à être capables de passer de l'ombre à la lumière, de la lumière à l’ombre, du haut vers le bas et du bas vers le haut, que nous devrions savoir affronter la vérité et le mensonge, le vrai et le faux, le juste et l’injuste, que nous puissions être rapides ou lents selon les circonstances, distinguer la raison de la folie en toutes occasion, la vérité du mensonge, le bien du mal, et garder toujours la même patience, la même humeur. Mais veut-il vraiment nous enseigner que le blanc serait identifiable au bien et le noir, au mal ? Et bien non, contrairement à tout attente, il ne confirme pas ce que nous dit le conte indien, il ne nous dit pas que le bien serait d’un côté, le mal, de l’autre. Il nous montre mais il nous cache en même temps, que nous devons nous maintenir dans un juste milieu qui est le bien, entre les extrêmes qui sont le mal. Il nous dit que le noir et le blanc, c’est-à-dire l’absence de couleur et le mélange de toutes les couleurs, ne sont pas des termes où la vie se déploie librement. Laissez-moi vous expliquer. Je viens de dire que le mal est toujours aux extrêmes et que le bien est toujours au milieu. Qu'est-ce que cela veut dire ? Prenons un exemple : le courage. Qu’est-ce que le courage ? Dans un célèbre livre que nous a donné Platon, cette question, Socrate se la posait, et il la posait à ses interlocuteurs, sans en trouver la réponse. Après avoir tourné en tout sens cette question, il se voyait contraint de conclure que le courage est une partie de la vertu. Quant à la nature de la vertu, il se reconnaissait incapable de la découvrir. Il n'ira pas plus loin. C'est un échec, mais un échec qui ne sera que provisoire, car Aristote, dans L'Ethique à Nicomaque, nous montrera où se situe le courage et où il ne se situe pas. Il ne définira pas mieux que Socrate la nature du courage, mais à la question : «Qu'est-ce que le courage ?», il montrera qu'il est un juste milieu entre ces deux extrêmes que sont la témérité et la lâcheté, le noir et le blanc. Cette réponse est satisfaisante. Elle nous montre que les extrêmes sont un double mépris qui nous éloignent de l'éthique, l’un c’est la témérité qui est une forme de mépris de soi, puisqu’elle nous convie à affronter le danger sans précaution, au mépris de sa propre vie ; l’autre c’est la lâcheté, c'est-à-dire le mépris du devoir, c’est l’omission que l’on doit se tenir droit face à l’adversité. D'une façon similaire, à la question «Qu’est-ce que la générosité ?» Socrate aurait répondu qu'elle est une partie de la vertu, mais que de la vertu il était incapable de découvrir la vraie nature. Pour Aristote, la générosité est un juste milieu entre la prodigalité et l’avarice, le noir et le blanc, deux mépris : la prodigalité c'est le mépris de soi puisqu’elle nous ruine, l'avarice le mépris d'autrui puisqu’elle nous empêche de venir en aide à celui qui est dans le besoin. Plus difficile est de savoir ce que sont les grands concepts de l’esprit, le vrai, le beau, le juste, le bon. Une partie de la vertu ? Certes ! Mais de l'affirmer ne nous donne pas les moyens de guider notre vie. Or, si nous y sommes attentifs, ils se révèlent comme une tension à laquelle tout homme devrait apprendre à se soumettre afin qu’il se détourne du faux, du mensonge, du laid, de l’injustice et de la méchanceté, sans tomber pour autant dans un autre excès qui consisterait à croire que l'on peut atteindre la perfection par la destruction radicale et définitive du Mal sous toutes ses formes. C’est une folie que de chercher la Beauté absolue, la Vérité absolue, la Justice absolue, la Bonté absolue et la destruction définitive de la Laideur, du Mensonge, de l’Injustice et de la Méchanceté. Car en conscience, le vrai n’existe pas sans le faux, la beauté sans la laideur, la justice sans l’injustice, la bonté sans la méchanceté. En conscience : cela veut dire que nous ne pouvons pas avoir conscience du vrai, du juste ou du beau sans avoir simultanément conscience de leur contraire, le mensonge, l’injuste ou le laid ; cela veut dire que nous ne pouvons jamais sortir du carré mosaïque car notre conscience des choses du monde ne peut se construire que dans et sur la complémentarité des contraires. Alors, qu’est-ce que le beau ? C’est le juste milieu au sein d'une tension que nous devons accepter de vivre entre la volonté de l'esthétisme et l'indifférence à la laideur. Qu’est-ce que le vrai ? Il jaillit d'une dramatique tension entre le rêve d'une vérité absolue qui nous éviterait à tout jamais de tomber dans l'erreur, et l'indifférence au mensonge sous prétexte que tout est relatif puisque rien ne nous permet d'accéder à une vérité absolue. Le relativisme comme la Vérité absolue sont des mensonges, car la seule vérité à laquelle nous, humains, pouvons espérer accéder ne sera jamais que partielle et transitoire. Qu’est-ce que la justice ? C’est le juste milieu entre la quête d’une justice qui ne laisserait plus aucune place à l’injustice, et le culte de la force qui mépriserait toute faiblesse. La justice absolue, c’est la certitude que l’injustice n’est que le résultat d’une tare sociale, comme l’ont cru les marxistes pour le plus grand malheur de l’humanité. Qu’est-ce que la bonté ? C’est un juste milieu entre le désir d’une bonté absolue qui ferait de nous une imitation du Christ, et l'acceptation sans révolte de la méchanceté. La certitude que nous devons constamment et en toutes choses rechercher le juste milieu est inscrite dans la structure même du temple Maçonnique. A l’Occident, lorsque nous y pénétrons, nous passons entre deux colonnes. Les deux colonnes du Temple de Salomon. Elles figurent tous les extrêmes auxquels nous confrontent la vie. Nous ne saurions passer à leur droite ou à leur gauche, comme si nous élisions l'une et méprisions l'autre. Nous sommes contraints de passer entre elle, au milieu. Alors que s’ouvre la perspective du carré mosaïque, nous savons déjà comment nous devons nous comporter en face de ce qu’il nous révèle : l'ensemble métaphorique de tous les extrêmes que nous révèle la lumière incréée de notre conscience. Le pavé mosaïque est un espace sacré sur lequel on ne marche jamais. On le contourne, on tourne autour de lui. Jamais les pieds ne le foulent. Pourquoi ne le foule-t-on jamais ? Parce qu'il est le lieu de tous les extrêmes d'où émerge le mal. Nous devons le respecter, car sans ces extrêmes il ne saurait exister de juste milieu où construire notre vie. « Les déplacements, lors du rituel, s’organisent et s’harmonisent autour du pavé mosaïque. Les déplacements lents, les arrêts, les changements de direction réalisent une construction de l’action au sein du rituel. Le pavé mosaïque devient l’axe créateur du rythme et de l’harmonie des déplacements rituéliques, écrit le frère que j’ai déjà cité. » Allons plus loin encore. Je pourrais démontrer que toutes nos constructions scientifiques ou sociales, toutes nos actions par lesquelles nous voulons inscrire nos rêves dans la réalité, reposent sur ce que le carré mosaïque représente métaphoriquement. Je vais vous donner un exemple très simple, celui du jeu d’échec. Un jeu d’échec se compose de trente-deux pièces noires et blanches que l’on déplace jusqu’à ce que l’un des deux rois soit pris. Si l’on pose sur une table quelconque, aussi unie que lisse, ces trente-deux pièces, on ne pourra pas jouer. Que nous manquera-t-il ? Une structure qui clos l’espace et en rompt l’unité : un échiquier. Un échiquier, c’est un espace sur lequel sont également réparties soixante-quatre cases blanches et noires. Entre ces cases il ne s’établit aucune liaison causale : l’échiquier est un système entièrement paradoxal. Or, quoi que l’on fasse, sans lui, aucun échange dialectique, aucune action structurée et finalisée entre les pièces n’est envisageable. Cela veut dire que nous avons besoin absolument de l'inaltérable opposition des extrêmes pour qu'une action rationnelle et juste soit possible. C'est bien ce qu’a compris ce frère que j'ai déjà cité. Permettez-moi de le citer encore : « Dans le Temple, lieu sacré, se trouve dessiné sur le sol un damier noir et blanc... Au sein de la Loge, notre marche, notre démarche sont communes. Nos actions ne doivent pas être anarchiques, désorganisées. Notre chemin, nos avancées sont reliées dans le même sens, autour du même axe, pour le même but. Ce tombeau sacré, mystérieux noir et blanc est le principe créateur de l’organisation harmonieuse de nos actions. Il est le rythme. Il est la musique de nos pas et nos pas sont à l’unisson. Sur ce tombeau se trouve une épitaphe secrète, cryptée en noir et blanc. Il va falloir progressivement apprendre à lire ce message. Peut-être qu’à certains moments, la pierre tombale nous livrera partiellement et graduellement son secret. La première impression que nous pouvons avoir en regardant le damier, est l’image de l’opposition entre le noir, absence de couleur, et le blanc, somme de toutes les couleurs. » « Cette opposition peut représenter notre pensée rationaliste qui nomme, sépare et oppose les choses et les êtres. Toute tentative de définir, de connaître une chose entraîne une dissection, une catégorisation, un éclatement de ce que nous voulons connaître. Mais l’épitaphe est le résumé, le visible de ce qui est enfoui. Les opposés sont donc ensevelis, réunis en un même lieu. Le tombeau devient alors le lieu unificateur des opposés créant équilibre, harmonie et paix. C’est d’ailleurs, autour du pavé mosaïque, que nous réalisons ce moment précieux de la chaîne d'union où, dans le silence et la méditation, naît un amour intense. » Cette harmonie, dont nous parle notre frère, n’est pas le lieu idyllique où la paix universelle devient un rêve accessible et simple. Elle est le fruit d’une tension acceptée entre de redoutables tentations, le résultat d’une tension équilibrée qui guide nos pas vers le bien, la justice, le beau et la vérité. Oui, voyez-vous, le regard sombre et dur de Kipling que je distinguais derrière son célèbre poème, ne m’a jamais quitté depuis mon adolescence. Il a guidé mes pas dans cette tâche difficile, glorieuse mais jamais achevée qui consiste à devenir un Homme. Franck C. F. Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève
ANNEXE Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir, Si tu peux être amant sans être fou d’amour ; Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour, Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles, Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître, Penser, sans n’être qu’un penseur ; Si tu peux être dur sans jamais être en rage, Si tu peux être brave et jamais imprudent, Si tu peux être bon, si tu sais être sage, Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront ; Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire, Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard KIPLING Commentaires et réfléxionssur le texte ci-dessus proposésparNTCF:.Nicolas Munoz de la Mata
1- Toi qui viens de lire la planche du F :. Frank F :. tu as sans doute apprécié l’intensité de l’analyse qu’il a fait du « Pavé de Mosaïque ». Même dans l’hypothèse que tu ne souscrives pas à toutes ses conclusions, tu as dû remarquer l’éminent mérite qu’elle comporte. Comme toutes les planches dont le contenu est dense, elle a un pouvoir de catalyseur dont les SS :. et les FF :. devraient tirer parti pour approfondir la connaissance symbolique du « Pavé de mosaïque ». C'est pour ce motif qu’est installé cet outil interactif
2-. Il est incontestable que les qualités louées par le Prix Nobel Rudyard Kipling, dans son poème « If », sont admirables. Au point que le chanteur Français Bernard Lavilliers a mis dans son programme actuel le célèbre « Tu seras un homme ».
3- Mais s’il faut réussir à réagir comme le suggère le F :. Kipling, combien d’entre nous parviendront à « être un homme » ? N’est-ce pas un inatteignable idéal, une utopie ? Les réactions suggérées, face aux aléas de la vie ?
4- La virilité du message décrivant les étapes de l’accomplissement de l’homme n’accorde aucune place à la femme ? Laquelle, si elle est amante, sans être folle d’amour, sera qualifiée de « disciple d’Aristote », autrement dit, péripatéticienne ! En matière de sentiments faut-il suivre les critères de Kipling, ou se rappeler, selon Hegel « rien de grand ne s’est fait sans passion » . Ajoutons que l’admiration qu’une majorité de FM portent au F :. Kipling ne fait pas l’objet d’une unanimité. Son poème « Le Fardeau de l’Homme Blanc » figurant ci-dessous permet de comprendre les réserves qu’il continue de susciter.
5- Connais-tu L’Ethique à Nicomaque ? Si c’est le cas, qu’en penses-tu ?
6- Aristote préconise de choisir « le juste milieu » lorsqu’il faut prendre une décision. Son livre IV de l’éthique de Nicomaque est consacré aux vertus dans le domaine de l’argent. As-tu envisagé que l’origine de la crise actuelle pourrait être la carence mondiale de vertu ?
7- Aristote a considéré la justice comme une partie de la vertu. Dès lors, combien penses-tu qu’il existe de pays vertueux ? Est-ce que, dans ce domaine, ne s’applique pas l’adage populaire suivant lequel « L’Enfer est pavé de bonnes intentions » ?
8- Est-ce que le terme « mosaïque » n’implique pas un ensemble composite ? La FM n’est-elle pas une mosaïque de FF :. Issus de cultures différentes et de situations sociales contrastées.
9- Certes, le conte Indien rapporté par Henri Gougaud démontre qu’il ne faut céder au manichéisme et vouloir éradiquer les branches de l'arbre (social) qui produisent des fruits empoisonnés. Mais que penses-tu de « la bête au ventre fertile » dont parlait Berthold Brecht ?
10- S’agissant de contes indiens, que penses-tu de la séquence du Maharabat qui met en scène un homme qui participe à un jeu. Il mise tout ce qu’ils possèdent, ses frères et lui, et le perd. Malgré cela ses frères lui conservent leur estime et leur amour et lui sa dignité. N'est-ce pas là, pire que perdre, personnellement, « le gain de cent parties » ?
11- En dehors de l’aspect « damier » , le pavé de mosaïque demeure un pavé. C’est-à-dire que dans ses six faces opposées figure respectivement les surfaces blanches et noires. Pour que le côté apparent , constitue un parfait damier, il faut que chaque cube soit parfaitement identique aux autres, dans chacune de ses mesures. De sorte que ses arêtes s’ajustent à celles des cubes accolés. Il appartenait aux tailleurs de pierre de tailler les pierres brutes, puis de lisser chacune de ses faces, pour supprimer la moindre aspérité. Puis il les mettait en place, pour que chaque pavé aie une face tournée vers le Nadir et l’autre vers le Zénith.
12- N’est-ce pas là l’indication symbolique de ce que chaque FM doit faire ? C’est-à-dire de « tailler sa pierre » en s’attaquant à ses défauts, ses veilleités et ses imperfections. De sorte qu’il devienne une pierre cubique, absolument égale en valeur intrinsèque, et dans ses souhaitables différences, à celle de ses FF :.
14- Il pourra ainsi participer à l’utopique mais stimulant Temple de l’Humanité.
15- La colonne du Nord et celle du Sud sont celles où respectivement les apprentis et les compagnons reçoivent leur salaire. Jakin et Boaz représentent le soleil et la lune. Initialement elles portaient le nom hébreu de Ykhin et Boaz et représentaient la Maison de David et la royauté de la Torah. Ces deux colonnes représenteraient les extrêmes des questions suscitées par la vie humaine.
16- La lumière incréée à laquelle se réfère notre F :. Frank est une formulation qui nous viendrait de Siméon le Nouveau, théologien, l'Hésychasme. Elle est, depuis, le fait des exégètes qui considèrent qu'il s’agit de la conscience eschatologique. Pour le Nouveau Testament, elle n’est pas une manifestation de Dieu. Elle est Dieu lui-même. « Le Verbe était la Lumière qui éclaire tout homme » (Jean 1,9). Il est encore question de lumière incréée au sujet de celle qui, d’après les Ecritures a illuminé les apôtres, à Thabor. Il est évident que nous sommes là dans le domaine irrationnel de la foi.
A toi, ma S :. ou mon F :. de te manifester pour que cette page devienne interactive.
Le Fardeau de
l'Homme Blanc.
Ce poème a été publié en 1899 dans la revue populaire Mc Clure’s. Les deux premiers quatrains paraissent justifier la colonisation. De plus, le fait qu’il évoque «La forte race » (Blanche) et « les races sauvages et agitées (…) mi diables mi enfants» paraît incompatible avec une pensée humaniste. A ce sujet, il faut relever que, lors du premier discours prononcé en qualité de Secrétaire Général des Nations Unies, U Thant a fait référence aux Peuples colonisés, « qui ont porté jusqu’ici « Le Fardeau de l’Homme Blanc »
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