La FM, une idée moderne
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La Franc-maçonnerie,

une

idée moderne

 

Séance de travail du jeudi 19 mai 2005 en Loge du Milieu

 

Rappel historique

MODERN(E)S (Grande Loge d’Angleterre, Grande Loges des Modernes)

(Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie / Eric Saunier)

La Grande Loge d’Angleterre fut créée en 1717, à l’initiative de quatre loges, connues sous le nom des tavernes dans lesquelles elles se réunissaient : At The Goose and Gridiron, At the Crown, At the Apple tree et At the Rummer and Grapes. On s’est beaucoup interrogé sur la composition de ces loges et surtout sur les motivations de ces premiers maçons. Il est certain que les comportements culturels originaux en Angleterre, l’existence de clubs, cercles privés réservés aux hommes, furent favorables à cette émergence. Dans l'édition de 1738 des Constitutions d’Anderson, il est dit clairement que les quatre loges fondatrices souhaitaient se doter d’un organisme qui leur permette d’organiser une fête annuelle. Cependant, on peut entrevoir la volonté de fonder une structure où puisse s'exercer la tolérance religieuse, une fois les Hanovre installés au pouvoir (1714). Les dissidents protestants, qui ont obtenu la liberté de culte, sinon leurs droits civiques, après la Glorieuse Révolution, sont nombreux dans la franc-maçonnerie. Socialement, les premiers Grands Maîtres sont des roturiers ; Antony Sayer, Théophile Desaguliers et George Payne. Théophile Desaguliers attire un grand nombre de membres de la Royal Society vers les loges. L’élection du duc de Montagu en 1721 marque un tournant décisif dans l’histoire de l'obédience. À partir de cette date, la Grande Maîtrise revient en effet systématiquement à un aristocrate et, en 1737, la Grande Loge accueille pour la première fois un membre de la famille royale, le prince de Galles Louis Frederik (fils aîné de Georges II et père de Georges III). C’est Théophile Desaguliers qui procède à son initiation au palais de Kew. Louis Frederik n’accéda pas au trône, mais trois de ses fils furent également francs-maçons. Il inaugura la tradition qui place la maçonnerie britannique sous la protection royale. Toutefois, dans la première moitié du XVIIIe siècle, la Grande Loge d’Angleterre a un recrutement assez électrique : on trouve des ecclésiastiques, des artisans, des volaillers, des aubergistes… Les frères ont à cœur d’êtres conviviaux puisque très tôt la Grande Loge accorde des privilèges à ses intendants (stewards) en les rendants éligibles à toutes les dignités de l’Ordre sauf la Grande Maîtrise. D’après William Preston, la Grande Loge décide même à un moment donné de recruter ses Grands Officiers exclusivement parmi ses grand stewards. La loge des Grands Intendants (Loge of Grand Stewards), créée en 1735, prend de plus en plus d’importance. Le peintre William Hogarth est le plus célèbre de ces grand stewarts.

Les francs-maçons encouragent le théâtre, en rédigeant des prologues et épilogues maçonniques pour un certain nombre de pièces jouées à Drury Lane et on trouve de nombreux recueils de chansons maçonniques : sociabilité, convivialité et goût du divertissement sont donc les fonctions prédominantes.

Dans les années 1730 cependant la franc-maçonnerie inquiète, sans doute en raison de la croissance de l’Ordre, et les premières révélations des secrets maçonniques (exposures) apparaissent, la plus célèbre d’entre elles étant l’ouvrage de Samuel Prichard, Masonry Dissected. D’après les registres de la Grande Loge, il y aurait eu 189 loges en 1741 et 157 seulement en 1748. La bulle papale de 1738 contre la franc-maçonnerie ne saurait expliquer cette baisse car, en pays anglican, elle n’eut presque aucun écho. Il faut chercher d’autre causes. D’une part, les Grands Maîtres de l’époque se désintéressent de la vie de leur obédience, se contentant de jouer un rôle honorifique. D’autre part, plusieurs maçons se laissent attirer par des clubs para-maçonniques sans doute plus divertissants, tels que les Hell Fire Clubs, ou les moines de Medmenham Abbey, ou encore les Gormogons qui, eux, se livrent à des attaques contre la franc-maçonnerie. L’antimaçonnisme vient des Catholiques et d’Anglais bien-pensants qui accusent les frères de libertinage, voire d'alcoolisme. Les Catholiques considèrent avec beaucoup de méfiance la Grande Loge anglaise, d’autant plus que celle-ci vient de publier le récit des malheurs de Coustos, ce maçon victime de l’Inquisition portugaise.

La Grande Loge d’Angleterre manque également de diplomatie en feignant d’ignorer la naissance de la grande Loge d’Irlande, en 1725, et en n’entamant une correspondance avec la Grande Loge d’Ecosse que quatre ans après sa création, en 1740. Le mauvais accueil réservé aux maçons qui émigrent d’Irlande à cette époque lui coûte la création d'une Grande Loge rivale : la Grande Loge de Dermott, dite des Anciens. On appelle la Grande Loge d’Angleterre Grande Loge des Modernes. Le terme, émanant de cette Grande Loge rivale, est péjoratif.

Jusqu’au début du XXe siècle, les historiens de la maçonnerie anglaise ont cru à une scission de la Grande Loge d’Angleterre vers 1739, suite aux modifications apportées au rituel pour déjouer les visées des profanes qui auraient pu êtres tentés de s’introduire dans les loges en utilisant les expopsures, et en particulier le manuel de Prichard.

Les Anciens reprochaient aux Modernes d’avoir introduit des innovations dans le rituel et de s’être ainsi éloigné de la tradition. Cette hypothèse, accréditée par William Preston, dans son illustrations of Masonry (1772) était confortable pour les Modernes : elle les innocentaient totalement.

Il a fallu attendre 1887 pour que Masonic Facts and Fiction, l’ouvrage du conservateur de la bibliothèque de la Grande Loge d’Angleterre, Henry Sadler, démente de façon définitive la thèse de la scission. Sadler prouve que les fondateurs de la Grande Loge de 1751, dite des Anciens, sont pour la plupart d’origine irlandaise et ont été initiés dans leur pays natal avant d’émigrer à Londres. Les portes de loges londoniennes ne s’étant pas ouvertes, ces maçons se sont regroupés dans des loges irrégulières », car non reconnues par la Grande Loge d’Angleterre.

La Grande Loge des Modernes se trouve considérablement affaiblie par cette crise jusque vers 1760. En 1755-1756, elle perd 71 loges. Elle réagit en prenant des mesures pour accroître son prestige : certaines loges refusent même d’initier des soldats, des maçons de métier, et toute personne appartenant à un corps de métier situé trop bas dans l’échelle sociale. L’accession de lord Blayney à la Grande Maîtrise en 1764 redonne vigueur à la Grande Loge même si une seconde vague de révélations des secrets maçonniques vient la perturber dans les années 1760. À cette époque, la Grande Loge reste fidèle aux conceptions prônées par Anderson en matière religieuse : si elle condamne l’athéisme, elle admet toutes les religions, sans proclamer encore la supériorité de l’une d’entre elles. La Grande Loge d’Angleterre a encouragé la fondation de loges outre-Manche dès 1728 : il s'agit de la loge créée à Madrid par l’excentrique duc de Wharton. Elle ouvrit d’autres loges en Europe, à Paris, Hambourg, La Hayes, Lisbonne… et également dans l’Empire britannique, au Bengale, en Inde, en Nouvelle-Angleterre. En 1733, la Grande Loge des Modernes ne comptait que 38 loges à l’étranger et, en 1798, 186 ! Ces chiffres montrent la progression coloniale de la franc-maçonnerie anglaise. Elle continua à gérer un grand nombre de loges américaines, jusqu’à ce que celles-ci revendiquent leur indépendance.

Les Modernes se démarquent des Anciens, en interdisant tout droit de visite d’une obédience à l’autre, et en affichant un certain mépris pour le niveau social inférieur de leurs rivaux, leur « manque d’éducation », leur « accent populaire »… Ils ne manquent pas de critiquer également les conceptions religieuses des Anciens, empreintes de catholicisme. Le meilleur argument des Modernes est cependant le soutien que leur apporte la famille royale. En 1766 et 1767, les deux frères du roi, le prince William Henry, duc de Gloucester, et le prince Henry Frederick, duc de Cumberland, sont initiés à Londres, avec faste et apparat. Il n’en fallait pas tant pour redorer le blason des Modernes. La Grande Loge se fait un point d’honneur de multiplier les déclarations de fidélité à la monarchie, durant la Révolution française, et après les attentats contre la personne du roi, à la fin du siècle. En 1775, à l'occasion de la construction de son local prestigieux, Freemasons’Hall, elle se dote d’un grand Chapelain, proclamant ainsi son allégeance à l’Eglise d’Etat, l’Eglise anglicane. À la fin du siècle, la Grande Loge des Modernes est proche de toutes les institutions du royaume. Il ne lui manque plus que l’Union avec les Anciens pour devenir une véritable institution. Elle se produit en 1813.

Conclusion du F:. Orateur Jean-Claude V.

La franc-maçonnerie moderne est née en 1717. À la fin du XVIIIe siècle, la Grande Loge des Modernes est proche de toutes les institutions du royaume. Il ne lui manque plus que l'Union avec les Anciens pour devenir une véritable institution. Elle se produit en 1813.

L’avenir s’étudie et se construit. C’est donc une fois encore la recherche qui compte avant tout, cette recherche qui, depuis toujours, représente l’apanage presque exclusif de la Franc-Maçonnerie.

Le Maçon libre dans une Loge libre, c’est bien cela la solution aux problèmes de spiritualité constructive, d’autant plus que la Maçonnerie n’est pas plus une idéologie qu’une doctrine, mais bien plutôt une pépinière de réflexion sur les valeurs fondamentales du genre humain.

La philosophe Jeanne Hersch disait : « La jeunesse est prise dans cette structure du présent, mais on lui a dérobé les structures du temps. Nous n’avons pas été en mesure de lui transmettre la culture du passé. De cette éducation, dont les jeunes ne sont pas responsables, provient une des causes du malaise des jeunes. Car quand il n’y a pas de passé, le présent est vide. Le vide étant rien, l'homme par conséquent, part de rien, donc il ne crée rien ».

La Franc-Maçonnerie présente cet immense avantage de relier le passé au présent et à l'avenir sous forme d’une chaîne d’union à la fois logique et mystique mais continue, dans laquelle la Tradition forme le plus pur garant de la qualité du présent et du futur.

Albert Camus disait : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». Ce présent est celui de la permanence de la Tradition maçonnique. Sachons profiter de l’immense capital humanitaire et humanitariste qui nous a été légué par la Maçonnerie pour traverser la crise dont soufre notre société et offrons à la génération montante, à nos enfants, de par nos actions, un monde meilleur.

Certains ont perdu la foi, d’autres ont perdu le sens de la charité, conservons intacte l'espérance.

Enfin, pour terminer voici un petit poème ....

Les Sources

Je reprends l’écriture où je l’avais laissée,

Après avoir sondé tous les trous du silence,

Épousé la querelle entre la pierre et l’eau,

Voyagé sur ces chemins qui vont, ces chemins de patience,

Ces chemins empierrés où se perdent les pas.

Le ciel,

Le grand bruit de ce bleu éperdu

Qui sculpte pour moi seul, peut-être

Un mouchoir de nuage sur la larme des sources.

 Jean-Claude v. L.

Frère de la loge Fidélité et Prudence à l’Orient de Genève

 

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