![]() Le maillet voyageur
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Rémy Hildebrand (*) L’ensemble [les étourneaux] ondulait comme une draperie au vent. Nulle apparence de chef ; c’était le tout qui gouvernait les parties ou plutôt chacun des oiseaux se trouvait gouverné et gouvernant, chacun imitant le voisin, et le moindre écart de l’un inclinant un peu tous les autres. Alain (1) Les rituels maçonniques utilisent couramment le maillet au cours des tenus maçonniques. En effet, le vénérable l’utilise pour les différents moments qui ponctuent le travail en loge. Il existe, en maçonnerie opérative, les outils dits – de traçage, - de contrôle, - de façonnage, - de pose. (2) Plusieurs d’entre eux trouvent leur origine dans le traitement de la pierre ; leur utilisation est parfois demeurée secrète. Jean Lhomme, Edouard Maisondieu, Jacob Tomaso parlent du maillet et de ses usages : Au rite Emulation, Vénérables et Surveillants, utilisent le marteau à dégrossir, appelé « gavel » dans le rituel anglais. Ce nom désigne habituellement le petit maillet (généralement en ivoire) employé par un président de séance, un commissaire-priseur, etc., pour rappeler à l’ordre ou demander l’attention. En plus de cette définition, le Collins English Dictionnary ajoute « marteau employé par les maçons pour dégrossir les faces de la pierre (XIXe siècle, origine inconnue) Aux Rites Français, Ecossais Ancien et Accepté,et Rectifié il n’y a pas de tradition bien établie et les maillets des officiers sont souvent plus proches du maillet de plombier que du « gavel ». Les Maçons de la Marque,eux, préfèrent le gros maillet style « presse-purée ». (3) La légende du Maître Hiram raconte son assassinat d’un coup de « lourd maillet » ou « maillet pesant ». Doit-on voir là la masse qu’utilisent les carriers principalement pour « fendre et abattre la pierre » ? (4) Lors de la circonstance dite d’installation d’un Vénérable, le Maître installateur, en lui remettant son maillet lui précise : Je remets entre vos mains ce maillet, emblème du pouvoir, qui vous servira à maintenir l’ordre dans la loge, particulièrement à l’Orient. Dans des termes voisins, le Vénérable donnera le leur aux Surveillants : « Je place dans votre main ce maillet, emblème du pouvoir, pour vous habiliter à m’assister pour faire régner l’ordre dans la loge, particulièrement au Midi (1er Surveillant) […] au Nord (2e Surveillant). (5) Le maillet pour l’apprenti est l’un des deux outils essentiels. Du vieux mot français mail, dérivé du latin malleus, c’est un marteau de bois à deux têtes. Sa forme est celle d’un Tau grec. Il est généralement en buis, bois choisi à cause de sa dureté. Le buis est lui-même symbole de la fermeté et de la persévérance. Il existe des Maillets en ivoire, symbole de la pureté. Certains Maillets sont peints en noir, ressemblaient à l’ébène, bois fragile, jamais utilisé pour la fabrication d’outils. Le Vénérable est seul à diriger dans une loge, assisté des deux Surveillants. Ces trois hommes disposent d’un Maillet, symbole de l’autorité. Le Maillet est le symbole de l’autorité et du commandement, de la volonté agissante. Il représente l’intelligence agissant avec persévérance. C’est la raison pour laquelle il doit être manié avec extrême précaution, avec discernement, par des mains expertes, sous peine, autrement, de devenir un instrument de destruction. Cette volonté agissante doit être tout entière dirigée vers l’utile et doit rester au service du bien. C’est pourquoi le Maillet est remis au Vénérable et aux deux Surveillants, parfaits initiés parvenus à la Maîtrise qui sauront l’utiliser de la bonne manière et ne seront pas tentés d’en mal user. […] Il symbolise l’intelligence, agissante et persévérante, qui dirige la pensée, anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité. […] Le maillet est très utilisé en Maçonnerie. Il sert : - à l’ouverture des travaux d’une loge ; - aux batteries ; - à diriger les travaux : passage à un point de l’ordre du jour, donner la parole, la retirer le cas échéant, rétablir le silence sur les colonnes, attirer l’attention du Vénérable, de la part des Surveillants, pour demander la parole, ou signaler que des Frères demandent l’entrée du Temple : - à la fermeture des travaux : lors des initiations, à frapper les « coups » rituels à la base de l’épée, placée par le Vénérable sur le récipiendaire. Maillets battants : expression signifiant coups frappés alternativement par le Vénérable, le Premier et le Deuxième Surveillance, à intervalles réguliers, lors de l’entrée dans le Temple de dignitaires de l’Ordre. Le Vénérable remet alors son Maillet, symbole de commandement, au dignitaire après lui avoir donné l’accolade fraternelle, pour diriger les travaux. (6) Il convient de retenir la fonction de « bâtisseur » de l’outil et plus spécifiquement du maillet. Il existe une Franc-Maçonnerie du bois qui rassemble les constructeurs (charpentiers, menuisiers, etc.) (7) Il importe comme aime le faire Paul Feller, créateur de la Maison de l’Outil et de la pensée ouvrière, à Troyes, de situer dans l’outil, dans sa charge affective, dans son dynamisme. Alors on sent passer en soi un peu de la chaleureuse pensée ouvrière qui suscita les cathédrales. (8) Symbole d’une force, le maillet fait partie d’une manifestation groupale, d’une intervention rituelle, partie intégrante de la panoplie des outils, panoplie chère aux rituels maçonniques. Ayant instauré la symbolique du maillet voyageur, quelques Loges ont introduit un rituel en écho aux gestes qu’accomplissent les compagnons lors de leurs voyages. Les Frères sont invités à s’inspirer de cette interférence, née du voyage spirituel et de l’échange fraternel. Ce maillet sera admirée, tantôt comme une expression de Fraternité, tantôt comme une manifestation de spiritualité. Quelquefois, la fraternité sera célébrée, quelquefois la métaphore poétique de l’espace sera mieux adaptée, quelquefois encore un vocabulaire subtil servira aux échanges entre érudits. Les termes seront occasionnellement remplacés par un tracé, une esquisse, une peinture, une carte, autant d’instruments riches en représentations patrimoniales. Ces représentations ne dissimulent en rien nos connaissances, elles s’appuient sur les voyages et les rencontres, nourritures fraternelles ; elles viennent inscrire les rôles qui sont destinés à chacun. Une peinture à l’huile (*) où figuraient l’équerre et le compas entrecroisés, trônait au fond de la grand salle de réunion. Pour la trentaine de personnes rassemblées en ce haut lieu, ces deux instruments de mesure avaient une tout autre signification que celle que lui accordait généralement le commun des mortels : l’équerre figurait la rectitude dans l’action et l’équité – l’action de l’homme sur la matière, mais aussi celle de l’homme sur lui-même ; le compas représentait l’image de la pensée dans les différents cercles qu’elle parcourt. L’angle d’écartement des branches ne devait en aucun cas dépasser quatre-vingt-dix degrés ; une façon comme une autre de rappeler que l’être humain avait ses limites.(9) (*) au siège de la Grande Loge maçonnique à Ankara, le 30 juin 1914 Ici commence le rituel de l’enseignement. Chaque Frère porte en lui des connaissances ignorées de ses Frères. Le maillet dit « l’école » où viennent apprendre les apprentis, les compagnons, les maîtres. Il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Le savoir des uns et des autres se renforce constamment. Le savoir devient un feu, un foyer, une torche où s’entremêlent les intuitions, les certitudes, les erreurs, les peurs, les questions de chacun d’entre nous. Le maillet lève le voile derrière lequel les paroles se métamorphosent en silence, les lectures en méditation, les références en stimulation, les planches en ateliers interactifs. Derrière le voile se profile une gloire, une lumière, un bonheur, une espérance. Le maillet transforme nos pensées en jardins ouverts aux rencontres, aux actions propres à nous élever en nous écoutant les uns et les autres. Les autres incarnent la fraternité. Cette fraternité relève du monde des sentiments et de celui des valeurs. Elle procède du sentiment d’appartenance à une communauté de vie qui, dans le cas de la Résistance, [par exemple] devient très vite une communauté de souffrance. […] L’appartenance à une communauté de valeurs est fondatrice de la légitimité de l’action et inspiratrice des raisons d’agir et des objectifs finaux concernant le monde nouveau à reconstruire. (10) Le maillet devient altérité ; reconnaissance de l’importance de l’autre pour la réalisation de ses propres aspirations. (11) Il nous aide à identifier les exigences des Apprentis, les besoins des Compagnons, les attentes des Maîtres. Le maillet servira la vocation de la Loge puisque appelée à devenir outil de rencontre. Le maillet voyageur traversera les Loges comme nous sommes traversés par la générosité de nos Frères. La fraternité tant évoquée s’apparente à cet instant, à cette minute qui précède le lever du jour, l’utopie n’a jamais été plus près de resurgir qu’au plus profond de son discrédit. L’utopie est toujours une affaire d’aube, de lève-tôt ou de rêveur- éveillés ! (12). Cette utopie, cette générosité préside à la naissance de chaque Loge. Il faut donc pousser plus loin encore l’utopie vers l’Egalité, dans l’intérêt bien compris de la Liberté. (13) D’elle, je reçois la confiance qui éclaire ma route. Route porteuse du projet de le confier, un jour, à une autre Loge dans un autre pays. Si les utopies sont des mondes clos, désormais, le seul monde clos envisageable, l’île ultime, c’est la planète entière dont nul n’est à même de s’échapper. (14) Ainsi, le maillet voyageur, symbole fraternel, offre un rituel nouveau : partager le temps que nous accorde le destin. Le maillet voyageur, honore le travail des Frères qui l’offrent comme des Frères qui la reçoivent.
(*) Secrétaire de La Loge Fidélité et Prudence à l’Orient de Genève Notes (1) Alain, Le citoyen contre les pouvoirs, Gallimard, 1985, p. 318 (2) J. Lhomme, E. Maisondieu, J. Tomaso, Dictionnaire thématique illustré de la Franc-Maçonnerie, Ed. du Rocher, 1993, p. 412 (3) J. Lhomme, E. Maisondieu, J. Tomaso, Ibid., p. 413 (4) J. Lhomme, E. Maisondieu, J. Tomaso, Ibid., p. 414 (5) J. Lhomme, E. Maisondieu, J. Tomaso, Ibid., p. 414 (6) D. Ligou, Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, PUF, 1987, p. 745-746 (7) D Ligou, Ibid., p. 148 (8) G. Pierré, D. Naert, Paul Feller S.J. son itinéraire spirituel, Association des Amis de Paul Feller, 2005, p. 59. (9) Gilbert Sinoué, Erevan, Flammarion, 2009, p. 75 (10) F. Brahami, Fraternité – regards croisés, P. U. de Franche-Comté, 2009, p. 227 (11) Jacques Attali, Fraternités, Fayard, 1999. p. 141 (12) Jacques Attali, Ibid., p. 21 (13) Jacques Attali, Ibid., p. 84 (14 Jacques Attali, Ibid., p. 170
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