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A proposduMaître des Cérémoniesetde son bâton
SommaireIntroductionAspects historiques de la cérémonieAspects symboliques de la cérémonieLe Maître des CérémoniesLe bâtonConclusion
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IntroductionNotre époque connaît de multiples changements et de nombreuses épidémies aussi foudroyantes qu’imprévues. Personne n’ignore notamment la grippe aviaire, le chikungunya, les dérèglements climatiques ; l’ensemble de ces fléaux du début de ce millénaire est pour le moins, vous me l’accorderez anxiogène. Si nous nous attardons plus spécifiquement sur notre mission maçonnique, dans ce travail, nous sommes amenés à reconnaître que nos cérémonies et nos rituels connaissent une longue tradition, une belle épopée et une remarquable trajectoire historique que nous nous devons de mieux connaître. Contrastant avec le monde bouleversé et bouleversant, nos institutions maçonniques forment un socle historique de notre patrimoine culturel, symbolique et initiatique. Aspects historiques de la cérémonieCérémonie est un terme du XIIIe siècle, emprunté au latin caeremonia, « respect religieux », il renvoie à l’idée de manifestation, de vénération, de culte et de célébration. La première édition du dictionnaire de L'Académie française paru en 1694 précise qu’une cérémonie est une action mystérieuse qui accompagne la solennité du culte extérieur que l'on rend à Dieu. Il s'applique aussi aux choses humaines, et se dit de certaines formalités qu'on observe dans les actions solennelles pour les rendre plus éclatantes. Par exemple, L'entrée du Roi se fit avec de grandes cérémonies. On a donné audience à cet Ambassadeur avec beaucoup de cérémonies. Nous n’ignorons pas que dans la religion grecque antique les mystères d'Éleusis faisaient partie d'un culte à mystères appelés aussi cultes initiatiques, effectués dans le temple de Déméter à Éleusis avant l'ère chrétienne. Les mystères d'Eleusis comportaient des cérémonies d'initiation complexes qui se déroulaient en deux temps. Les candidats étaient d'abord initiés aux petits mystères qui étaient célébrés au printemps dans le faubourg athénien d'Agra. Ils participaient, six mois plus tard, aux grands mystères durant une dizaine de jours. Ils devenaient mystes après avoir été purifiés puis se rendaient en procession solennelle jusqu'au sanctuaire, en empruntant la Voie sacrée qui reliait Athènes à Éleusis. L'initiation secrète avait lieu à l'intérieur du sanctuaire, dans le Télestérion. Aspects symboliques de la cérémonieUne cérémonie suggère une activité « porteuse » de multiples significations rituelles qui se déroule à l’occasion d’une circonstance spécifique. Un rituel est une répétition, exécutée dans le cadre d’une tenue, à formes fixes, chargée de significations symboliques. Il n’est pas d’essence spontanée, au contraire, le rituel est réglé, fixé, codifié et le respect de la règle garantit l’efficacité du message et de sa symbolique. On parle volontiers de cet entraînement à la répétition qui en accroît la portée par un travail de perfectionnement continue. Il existe une grande discrétion quant à ces messages puisqu’à l’origine, ceux-ci sont non écrits et condamnés par l’autorité. Le Maître des CérémoniesAu sens strict, le terme maître de cérémonie - en anglais Master of Ceremony - désigne la personne qui dirige une cérémonie, une fête, une soirée ou un spectacle. Dans le milieu du rap, ce terme désigne le chanteur ou le rappeur. Le plus souvent, seules les initiales MC sont utilisées. Le rappeur français MC Solaar, considéré comme l'un des premiers à avoir réussi à démocratiser le rap en France, constitue un bon exemple de cet usage. Maître de cérémonie sous le règne de quatre rois de France à partir de Henri II puis successivement sous François II, Charles IX et Henri III, Artus de la Fontaine, baron d'Oignon, attribuait dans les usage protocolaires, leurs places aux seigneurs en fonction de leurs rangs hiérarchiques, ce qui exaspérait certains d’entre eux qui, se considéraient « en rangs d’Oignon ». Cette manie tournée en dérision donna naissance à l’expression populaire bien connue. En Franc-maçonnerie, le Maître des Cérémonies, est membre du Collège des Officiers, il est responsable du bon déroulement de la Tenue. Le Maître des Cérémonies est très présent dans le Temple, il le prépare en fonction du rituel, il y accueille ses Frères et est chargé d’accompagner tous ceux qui doivent, pour quelque raison que cela soit, se déplacer dans le Temple, déplacements parfois accompagnés de musiques appropriées par la Colonne d’harmonie. Dans le rituel de Fidélité et Prudence, le Maître des Cérémonies tient dans la main droite un bâton appelé « bâton de maître de cérémonie ». Celui-ci lui confère l’autorité et la connaissance de la marche terrestre. Le Maître des Cérémonies doit maîtriser parfaitement le rituel pour que la cérémonie se déroule dans les meilleures conditions possibles et pour qu’elle puisse atteindre le but pour lequel elle est ordonnée. Le Maître des Cérémonies ne devrait-il pas s’appeler Le Maître du Rituel ? Un Maître des Cérémonies qui se déplace dans le Temple marchera différemment s’il est muni d’une longue canne. Cet outil protocolaire confère à celui qui le porte, une symbolique soulignant l’importance du rôle, de cette fonction, de cette attribution aux yeux de tous et la canne devient prolongement du Maître et expression vivante d’une interaction entre le Maître des Cérémonies et son emblème comme les Frères soutiennent le Vénérable dans son activité. Dès lors, ne pourrait-on pas, lors de cérémonies particulières, munir le Maître des Cérémonies, d’une longue canne permettant de frapper le sol ? Personne n’ignore que dans certaines loges, le Maître des Cérémonies frappe le sol avec sa canne lors de chacun de ses déplacements. Cela rythme son pas, favorise la concentration et confère une certaine dignité à la fonction. Je suis convaincu que lors de visites à d’autres Loges, plusieurs Frères ont été amenés à se poser la même question ? Tout en rythmant sa marche avec sa canne, le Maître des Cérémonies faisait passer le sac aux propositions. Sait-on pour quelles raisons, l’usage du sac à proposition a-t-il disparu dans notre rituel ? Le bâtonEtymologiquement, bâton vient du latin bastrum, bastare : porter. Morceau de bois rond, allongé, servant d'appui, d'arme, d'instrument de punition - d'appui d'équilibre pour le skieur - pouvant susciter : des difficultés (bâton dans les roues) - ou une situation dure (politique du bâton) ou bien d’une conversation passant librement d’un sujet à l’autre: parler à bâton rompu. Le sceptre, ou bâton représente l'un des symboles les plus anciens et les plus constants de la royauté et des divinités. L’histoire dispose de multiples références, nous en évoquerons, ici, quelques-unes. Dans la mythologie égyptienne, les Dieux portent souvent des symboles dans les mains. Le plus souvent, il s'agit de la croix ansée Ankh, symbole de vie et du sceptre Ouas, symbole de force. La vie Ankh et la force Ouas sont des éléments délivrés par les Dieux. Le sceptre Ouas est une sorte de hampe droite terminée en une extrémité par une fourche et en l’autre par une poignée courbée en forme de tête d'animal. Ce sceptre est caractéristique des divinités masculines ; symbole de pouvoir et de domination, il est la forme aboutie du bâton fourchu destiné à écarter les serpents. Le sceptre Héka, en forme de crosse, comme la houlette du berger, personnifie l'énergie vitale et symbolise la gouvernance et la bonne tenue du peuple. Ce sceptre est connu pour être, avec le fouet Nekhekh l'un des attributs principaux d'Osiris. On ne sait combien d’années Euclide vécut à Alexandrie. Très vite, sa réputation fut telle qu’on accourut de partout pour assister à ses cours, et l’on peut dire que tout ce que l’époque comptait de mathématiciens, d’astronomes et d’ingénieurs devint ses disciples. Cela ne l’empêcha pas, au contraire, de poursuivre son œuvre et d’accumuler découverte sur découverte. Euclide avait pour habitude de donner son enseignement sur la plage, au-dessous des murailles du quartier des palais. D’un gros bâton droit et long, il traçait des figures sur le sable, devant ses élèves qui se tenaient accroupis. Il le maniait avec tant de virtuosité qu’on eût dit que c’était le bâton seul qui, d’un mouvement souple, inventait des formes rigoureuses. Puis un jour, Euclide s’enfuit, on ignore pour quelle destination. Mais avant de disparaître, il légua son bâton à celui qu’il considérait comme le plus audacieux et le meilleur de ses disciples, un astronome ressemblant fort au jeune homme insolent qui avait osé affronter, bien des années plus tôt, Démétrios de Phalère et Ptolémée Sôter : un certain Aristarque de Samos. Cet exemple illustre parfaitement la notion de transmission des connaissances que toutes les institutions sont amenées à gérer un jour ou l’autre à l'égard des nouvelles générations. Un conte birman nous dit que le bâton ayant écrasé des épices pendant toute une vie de femme est tellement imprégné d'odeur qu'il réveille les morts, rajeunit les vieux, rend les jeunes immortels ; à cet effet la lune le dérobe afin de conserver une éternelle jeunesse mais un chien poursuit la voleuse en lui faisant lâcher prise - aussitôt après la lune vieillit; cette circonstance explique pour quelle raison elle naît et meurt périodiquement. Toujours d’après la première édition du dictionnaire de L'Académie française paru en 1694, le Caducée est un bâton couvert de velours et de fleurs de lys d'or que portent le Roy d'armes et les Hérauts d'armes dans les grandes cérémonies. C’est un symbole très ancien et qui se prête à de nombreuses et complexes interprétations. Selon la légende, c’est après avoir séparé deux serpents en lutte avec une baguette d’or que lui avait donnée Apollon qu'Hermès reçut cet emblème où les deux animaux s’enroulent en sens inverse autour de la baguette surmontée de deux petites ailes. Les alchimistes n’ont pas manqué de donner eux aussi leur explication du caducée, sceptre d’Hermès, dieu de l’Alchimie : les deux serpents représenteraient les principes antagonistes (soufre/mercure, fixe/volatil, humide/sec, chaud/froid…) qui doivent s’unifier dans l’or unitaire de la tige. Quittant la pensée hermétique pour les domaines moral et médical, le caducée peut représenter la lutte maîtrisée entre les instincts et la maîtrise de soi ou les maladies et la santé. Le serpent s’enroule autour du bâton qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise, son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite qui permet la seule véritable guérison, celle de l’âme. Le "dieu au bâton", aussi connu comme "Dios de los Baculos", possède une longue histoire à travers plusieurs cultures andines. Cette divinité est communément représentée sous la forme d’une vue frontale avec des crocs dans la bouche et des pieds évasés, une main ou les deux portant un bâton, d'où son nom. Des serpents sont souvent intégrés à la représentation picturale. Les Chinois, de leur coté, utilisèrent le bâton dans la pratique de leurs Arts Martiaux classiques puisque celui-ci était également le symbole porté par les moines bouddhistes. La pratique de l’Ecole Shaolin apportait donc une grande attention à son étude. Il fut également très prisé par les initiés du Tao qui représentaient Laozi (Lao Tseu) avec un bâton en forme de dragon. Il est donc toujours étudié aussi bien dans les arts "Externes" ou "durs" issus de Shaolin que dans les Arts "Internes" ou "souples" comme le Taiji Quan (Tai Chi Chuan) classique. Très tôt dans l’histoire, sous l’influence chinoise, l’Art du Bâton se répandit dans tout l’Extrême-Orient. Au Japon où il prit le nom de Bo Juttsu et de Jo Jutsu, il fut particulièrement prisé par les fameux Ninja, mais également au Vietnam, en Corée, et en Thaïlande. En Inde il fut pratiqué très tôt par certains guerriers dans le cadre de leur art martial très ancien. Il fut utilisé tant par les Bouddhistes que par les Hindouistes et les tenants de la Religion de Shiva. Contrairement à l’inoffensif bourdon du pèlerin, le bâton du compagnon du devoir ne servait pas seulement pour la marche si l’on en croit Agricol Perdiguier dit Avignonnais-la-Vertu, (1805-1875) reçu Compagnon menuisier du Devoir de Liberté qui a écrit dans ses Mémoires : « Dans chaque compagnonnage, on apprenait à manier la canne, le bâton, à assommer promptement son homme. Les plus forts, les plus terribles, les plus audacieux étaient les plus célèbres, les plus aimés des compagnons. Tuer son semblable, du moment qu’il n’était pas de notre société, ce n’était pas un crime…. ». Les compagnons pouvaient suivre des cours dispensés par des spécialistes et ainsi obtenir un grade bâton. On distinguais dans les années 1840 - 1841 au moins deux grades concernant le maniement du bâton : Prévôt et Maître. La canne peut être aussi examinée comme un instrument de mesure connu depuis la plus Haute Antiquité que l’on retrouve sur les gravures des maîtres d’œuvre du Moyen Age. Dans la maçonnerie anglaise, il semble que l’usage de la canne n’était pas en vigueur. En France, on ne sait pas à quelle époque, elle fut introduite. Dans les premières loges, on ignore si le maître des cérémonies portrait une canne ou un bâton. Pour terminer notre voyage autour du bâton et ne pas abuser de votre patience, je vais vous conter l’histoire de l’un de mes lointains ancêtres : - Dans la seconde moitié du Xe siècle, au temps de l’empereur chrétien de Constantinople Basile II et du roi Senequerim, vivait à Nicopolis, en Arménie Première, un saint archevêque du nom de Grégoire. Malgré les troubles politiques de l’époque, les incursions répétées des Turcs qui envahissaient déjà les contrées du Caucase et les perpétuelles dissensions avec les Byzantins, le bon Grégoire continuait à gouverner sagement son archevêché de Nicopolis et jouissait du respect et de l’amour de tous. Malgré sa sagesse et son engagement dans ses tâches épiscopales, il fût chassé de son diocèse par une armée perse peu après une insurrection des Arméniens contre l’empereur Basile II. - Après avoir consulté Dieu, il prit son bâton de pèlerin et se dirigea vers l'Occident, traversant les terres chrétiennes de l’Europe centrale et du Nord de l’Italie et arriva après une longue pérégrination dans le royaume d’Hugues Capet. La providence guida ses pas vers le pays du Gâtinais. Reçu par un Chevalier de l’église Saint-Georges, il obtint l’autorisation de mener une vie érémitique près de l’église de Baudrevilliers, qui avait été délaissée par des moines. - Il s’installa dans une petite grotte à proximité de cette église. Cette cellule exiguë et naturelle qui n’avait d’autre étendue que la dimension de son corps, lui permit de mener une vie d’ermite dans la pénitence et la réclusion. Le pontife Grégoire vécut sept années dans cette retraite, s’isolant en de longues contemplations, se nourrissant de racines comestibles et de miel sauvage, pratiquant une austérité inconnue alors en Occident. - Le parfum de sa piété, de sa bonté et de sa sainteté ne tarda pas à se répandre dans tout le pays environnant. Il attirait à lui les habitants de la contrée par l’authenticité de sa sainteté, la charité de son accueil, l’étendue de son savoir et la valeur de sa prédication. - Bourgeois et paysans affluaient vers son ermitage, car il avait le pouvoir de guérir les maux et de faire des miracles en invoquant le Seigneur. Les offrandes lui permettaient de donner aux plus pauvres et d’offrir à ses hôtes une hospitalité orientale, leur servant après le repas, un gâteau à la recette de son pays fait de miel et d’épices qu’il composait lui-même, à la mode de sa lointaine patrie : l’Arménie. Un précieux manuscrit du Xe siècle de l’Abbaye de Micy, nous relate ainsi ces moments :«Grégoire invitait à ses repas des prêtres et des ministres sacrés et même aussi des laïques pieux, il leur servait non seulement les aliments du corps, mais aussi ceux de l’âme. Lui-même composait de ses propres mains un gâteau avec du miel et des épices, à la mode de sa patrie, le sourire aux lèvres, il leur en offrait après le repas, pendant la récitation des hymnes et des cantiques. Ses hôtes, en le dégustant, croyaient jouir de tous les délices du Paradis. A Pithiviers, on parle toujours du pain d’épices l’héritage de saint Grégoire, un lointain ancêtre ». ConclusionCette belle tradition du bâton du Maître des cérémonies appelle trois remarques. Tout d’abord les signes, les outils, les rituels trouvent leurs origines dans la nuit des temps. Ils nous sont parvenus grâce à des corporations, à des loges, à des institutions qui ont accepté d’en respecter l’existence pour nous la transmettre. Prenons garde de respecter cette même fidélité lorsque nous nous trouvons dans le Temple et marchons sur les pas des Frères qui étaient là avant nous. Obligeons- nous à rester fidèles à cette noble tradition, lorsque nous aurons envie d’introduire de nouvelles règles, de nouveaux outils ; pensons à chaque occasion si les propositions demeureront des signes immuablement distinctifs destinés à nous apprécier et à nous reconnaître entre Frères ? Serge S. Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de GenèveGenève, le 4 Mai 2006 Quelques références bibliographiquesJean, Chevalier ; Alain Gheerbrant ; Dictionnaire des symboles, Laffont, 1982, p. 110-113Eric Saunier, sous la direction de, Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie, La Pochothèque, 2000, p. 124Genève, le 4 Mai 2006
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