La modernité de la pensée maçonnique
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La modernité

de

 la pensée maçonnique

 

Si la notion de modernité a pu s’appliquer à l’évolution de la maçonnerie en général, son application au domaine spécifique de la pensée maçonnique se heurte à certains obstacles. Afin d’étudier l’asymétrie qui peut découler de ce constat, nous nous proposons, dans un premier temps, de recourir à l’étude de repères historiques avérés de la maçonnerie en général, pour ensuite étudier la difficulté à l’appliquer dans le domaine de la pensée maçonnique.

Repères pour les temps nouveaux.

1717 et 1723 sont pour la franc-maçonnerie de repères historiques avérés.

Le 24 juin 1717, marque le rassemblement des quatre loges londoniennes fondatrices d’une nouvelle institution: la Grande loge de Londres, dont les prédécesseurs maçonniques, qui détenaient une sorte d’autorité sociale déclinante, n’avaient pas vu venir l’éclosion, Wren, l'architecte de la reconstruction de Saint-Paul, après l’incendie de Londres en 1666, semble en avoir fait partie.

1723 a une autre valeur: c’est l’année de la publication des Constitutions rédigées par un groupe d’une dizaine de personnes, dont la plume fut tenue par le pasteur Presbytérien James Anderson. Ces constitutions sont un ensemble de règles traditionnelles qui fixent dans leurs grandes lignes, la vie des grandes loges et celles des loges, et assignent à tous les frères des impératifs moraux intangibles. L’idée de modernité est ici indéniable, dès lors qu'on sait que ces constitutions sont liées à l’espace et au temps et pourquoi pas aux hommes qui s’étaient chargés de leur rédaction.

En effet, nous sommes en plein siècle des lumières ; le « Dieu tout puissant » confisqué par Rome, a échappé à sa tutelle. Les livres sacrés sont ouvertement mis dans les mains des hommes depuis plus de cent cinquante ans, et ceux-ci en usent en recourant de façon foisonnante et féconde au jeu de leur libre arbitre.

Nous sommes également en Angleterre où Locke commence à évoquer sans hétérodoxie l'idée d’un Dieu naturel, puisque l’homme en a l’intuition.

Les hommes chargés enfin de la rédaction des constitutions appartiennent  pour la plupart sinon à une catégorie sociale donnée, tout au moins à une philosophie bien marquée.

Il serait superflu de revenir sur les détails historiques des batailles que se sont livrées les Anciens et les modernes en Angleterre dans cette moitié du XVIIIe siècle. Jusqu’au XXè siècle, les historiens de la franc-maçonnerie ont cru à une scission de la Grande loge d'Angleterre autour de 1739, suite aux modifications apportées au rituel pour déjouer les visées profanes qui auraient pu être tentés de s’introduire dans les loges.

Les Anciens reprochaient aux Modernes d’avoir introduit des innovations dans le rituel et de s’être ainsi éloignés de la tradition.

Ces différentes luttes peuvent nous conforter dans l’idée que la modernité ait pu avoir droit de cité dans l’évolution historique de la franc-maçonnerie.

Qu’en est-il donc de la pensée maçonnique ? Cette quintessence  de l'ensemble des règles traditionnelles des Constitutions d’Anderson, d’ordre moral et pratique qui sont notre ciment et notre lien.

Peut-on parler de la modernité de la pensée maçonnique.

Cette question mérite un double examen : philosophique et méthodologique, et ensuite purement pratique, à travers la pensée maçonnique dans son objet.

« Nous n’avons jamais été modernes » a pu affirmer Bruno Latour en 1991 dans son Essai Anthropologique, en soutenant de façon un peu systématique une intention théorique selon laquelle, un système philosophique dominant trouve toujours un autre à côté de lui, qui lui est symétrique.

Analogiquement, la modernité ne peut advenir que si elle se nourrit de ce qu'elle ne reconnaît pas. Conjointement, ce qu’elle n’est pas, prend support sur ce qu’elle est.

Il y aurait par conséquent, modernité de la pensée maçonnique si celle-ci pouvait se nourrir de ce qu’elle ne reconnaît pas. Cette pensée adogmatique qu’est la pensée maçonnique est définissable dans la mesure où les règles élaborées par les Constitutions d’Anderson maintiennent le cadre de l’ascèse maçonnique, quête perpétuelle de la vérité, de la justice, à l’abri de toute querelle religieuse ou politique.

Le caractère adogmatique de la pensée maçonnique ne saurait être la porte ouverte à tout. Ce caractère n’est que le triomphe de la liberté : valeur essentielle de la maçonnerie, dans le respect de la vérité, de la justice, et de toute autre philosophie religieuse ou politique de nature sectaire.

La pensée maçonnique dans sa finalité revêt une autre dimension : la permanence. « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent » disait Albert Camus. Ce présent est celui de la permanence de la pensée maçonnique.

La caractéristique majeure de la vie maçonnique est qu’elle se déroule dans un espace séparé du monde extérieur. Il se veut sacré, c’est-à-dire coupé de l'autre espace, l’espace profane, situé hors du temple. C’est de lä que vient le fait que le caractère universel et intemporel de la pensée maçonnique.

 

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