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NAISSANCE - VIE - MORTOULES TROIS PAS DU MAÎTRE
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“L’insensé dit: Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais ... et de tout cela, je conclu que je dois donc me laisser mollement conduire à la mort, dans l’incertitude de ma condition future”. A quoi Pascal répond “Qui souhaiterait d’avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière? 11 y va ici d’un trait d’essence de l’amitié, car, avec qui se méprise assez pour être indifférent à son propre sort, il «V a nulle communauté humaine possible. Un tel monstre ne peut être qu’un ange ou une bête, Il est l’ange qui fait la bête” Il s’agit de trois phases bien distinctes, partant d’un commencement et s’acheminant à une fin en passant par une solidification intermédiaire couronnement d’une maîtrise affirmée dans les trois pas au-dessus du cercueil d’Hiram qu’accomplit le compagnon lors de son élévation à la maîtrise. Quel sens donner à cela? La naissance : nous donnons naissance, par l’initiation, à une création qui ne relève pas d’un attribut « diffusif de soi » elle est l’occasion de sonder les profondeurs les plus intimes de soi dont saint Jean nous encourage à en rechercher tout l’Amour même qu’il révèle, Rien n’est plus normal en regard de nos mystères que de rapporter le geste créateur à l’essence la plus personnelle de soi, de la naissance par l’initiation. Si la création prend facilement à nos yeux des dimensions d’abîme dans l’espace et le temps, abîme dont le maçon émerge peu à peu, c’est à l’abîme de soi qu’il faut en appeler, et à rien d’autre, pour saisir dans sa source l’aventure prodigieuse qu’est devenue pour le maître sa participation à l’ordre maçonnique. Dans l’abîme de soi, c’est son essence même, qui prend conscience du lien étroit établi entre la naissance, la vie et la mort. Trinité troublante à laquelle il faut se résoudre si l’on veut découvrir en maçon la raison d’être de notre Ordre en tant qu’œuvre créatrice universelle. Mais comment véritablement expliquer les trois pas du maître? La naissance par l’initiation, c’est le mystère de l’apprenti qui ne découvre soi en sa source que pour autant qu’il est celui qui n’est lui-même qu’en communiquant la ~ au compagnon qu’il sera. Ce compagnon est identique, sauf qu’il est celui qui reçoit par rapport à celui qui lui donne de même que la naissance est pur mouvement de don d’elle-même à la vie, la vie est à son tour pur mouvement de réception de la naissance. Entre les deux, la communication est si parfaite que la mort, lorsqu’elle surgit, fait figure de trouble fête car bien souvent ressentie comme une rupture ou tout au moins comme un mystère alors qu’elle appartient de plein droit, en union parfaite, au trio naissance-vie-mort. Y-aurait-il alors un malentendu ? L’une de nos grandes Lumières, La Bible, le confirme, la vie nous est donnée car nous avons été engendré et non pas créé tout en étant de la même nature que le Père. Notons que le mot Naissance a la même origine que celui de nature il provient du grec physis formé à partir du verbe qui signifie devenir, aller vers un achèvement, promet un devenir, des transformations à un ensemble d’actions qui forment le secret de la vie. Le secret c’est toute l’intimité du cœur à cœur et de ce qui apprend toujours à se dire, de l’intériorité d’une rencontre, d’une fidélité simple. Il y a dans le secret de la vie le mystère qui appartient à l’essence de notre Ordre, désignant le temps de la parole. Il faut du temps à la parole pour venir: ce qu’elle dit est appris, dans une écoute du monde et d’autrui lors de notre période d’apprentissage, ce• qu’elle dit doit trouver son passage parmi des langages encombrés. Dans le mystère va cheminer l’itinéraire de la parole libre et le travail de la naissance, la naissance qui contient le secret de la vie: secret d’une parole échangée, secret d’une espérance. On ne peut parler hors la naissance, hors l’étonnement des témoins de la naissance. Ainsi la liberté de parole, c’est Sa liberté de naissant située dans une histoire qui le précède et dans une nature qui le porte. Il doit reconnaître qu’il participe à l’être et vivre son rapport à son origine. Il s’agit d’un accomplissement décomposé en trois étapes successives. Mais tout n’est pas accompli. Nous avons encore à nous laisser ajuster à la vie ressuscitée de l’initié dans laquelle nous sommes déjà, mais que nous entendons, voyons et touchons si peu, ou si mal. C’est un peu de ces chemins que je vais tenter de parcourir. La vie : en comprenant l’homme à partir de la Vie, de la seule et unique Vie qui existe et qui est celle que le G. : A. : de l’U. : nous a donné par l’intermédiaire de nos parents en tant que Fils du Créateur, en tant que Fils de la Vie, veut dire : né de la Vie, nous sommes engendrés dans le mouvement éternel par lequel la vie vient en soi, en s’éprouvant soi-même dans le Soi de notre être Vivant. Ainsi s’accomplit l’extension à tout Soi vivant concevable à la condition de l’initié. En donnant sa vie à chaque initié comme il l’a donnée à Hiram avant les temps, le G. : A. : de l’U. : n’a pas fait seulement de son Fils le Premier et comme l’archétype de tout Fils possible, il a conféré à chacun de ses Fils de la Veuve, en même temps que sa condition de Soi vivant dans la Vie, sa destination propre qui donne sens. Ainsi les a-t-il, selon la parole de cet autre grand initié qu’est l’apôtre Paul “prédestinés à reproduire par ressemblance l’Image de son Fils, afin que celui-ci fût un premier-né parmi beaucoup de F. : (Romains 8, 2 8-30) en le rattachant dans son 1er pas à cette vaste chaîne d’union de F. Si l’initié est engendré dans la seule Vie qui existe, tel un frère d’Hiram, en quoi diffère-t-il de celui-ci, du G. : A. : de 1’U. : lui-même? La définition de l’initié à partir de la Vie lui confère les caractères de celle-ci, notamment l’invisibilité. Pour cet initié transcendantal maçon invisible, de quelle réalité, de quel intérêt le monde peut se prévaloir? Et cette demande ne concerne pas seulement l’initié, mais aussi Hiram. Le thème central de l’Ordre n’est-il pas la venue en ce monde d’Hiram pour sauver l’initié en tant qu’incarnation éparse? L’initié diffère d’Hiram en ceci qu’il ne s’est pas apporté lui-même dans la condition qui est la sienne, celle de s’éprouver soi-même, d’être un Soi vivant; bien au contraire: c’est seulement dans le mouvement de la vie absolue venant en soi et s’éprouvant soi-même dans le Soi du Premier Vivant, et pour autant que ce mouvement s’accomplit, que l’initié est lui-même donné à soi : Fils du G. : A. : de l’U. :. Fils dans le Fils. De cette incapacité de l’initié de s’apporter lui-même en soi témoignent la passivité et la finitude, la mort qui marquent toute sa vie d’un trait indélébile qu’il exprime par son second pas. C’est uniquement parce que cette épreuve s’accomplit hors du monde qu’elle peut être épreuve de soi. C’est seulement dans l’invisible que vivre est possible. Selon St. Jean, Dieu est Vie. Invisible donc, comme tout ce qui, portant en soi cette Vie, se trouve ainsi être vivant. Dans la Vie, en effet, se construit une constellation de relations nouvelles, étrangères au monde. La première est qu’aucune vie n’est possible sans un vivant, de même qu~aucun vivant n’est possible sans la Vie. Cette appartenance réciproque de la Vie et du vivant est irrévocable; elle résulte de la façon dont la vie vient en soi dans le procès de son auto génération éternelle. Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. Toujours hors de nous dans la recherche de ce qui, au dehors, doit nous libérer de nous-mêmes, toujours en dehors du présent que nous ne pouvons supporter. Nous vivons aux abonnés absents. La question concerne chacun au plus intime. Angoisse, impuissance et révolte minent irréductiblement les assises spontanées de nos vies, mais elles ne sont pas pour autant insensées. Elles balisent un chemin, un chemin de vérité sur soi-même dont les épreuves peuvent se révéler libératrices. Nous ne savons pas, en effet. ce qu’est la mémoire du G. : A. : de LU. :, ce qu’est notre image réfléchie dans le miroir du 2~1~ grade et que nos frères nous tendent pour progresser dans la recherche de la Vérité. Le présent ne prend corps que sur fond d’un avenir possible. Il n’est pas assez riche en lui-même pour se tenir par lui-même. L’avenir impossible disqualifie le présent dans lequel nous sommes pourtant vivants et bien vivants. Le présent ne tient que par le futur. Il en va comme si nous étions séparés de cette source présente de la vie. Il faut à tout prix qu’elle trouve consistance à travers la représentation d’un avenir possible. Pourtant la vie est là et bien là. tant que nous vivons. L’avenir,mais le passé aussi, perd sa signification : si nous nous sommes battus, si nous avons travaillé, souffert pour disparaître, à quoi bon ? La révolte gronde contre l’insensé. L’impuissance révoltante qui accompagne la conscience de la mort ne se comprend que sur fond d’une compréhension du temps et de soi. Il ne semble qu’il n’y ait pas d’autre alternative à la maîtrise de son avenir ou à la mort, symbolique ou réelle. La mort: c’est l’étrangeté absolue. Que peut-on en penser? La diversité contradictoire des réponses, - résurrection, réincarnation, etc. - , dévoile une résistance infranchissable .... On ne peut savoir. L’esprit s’y brise, impuissant et pressent sans se l’avouer la vacuité des représentations dans ce fouillis de significations que l’on perçoit dans les diverses interprétations que s’en font les F. Le récit de la légende d’Hiram témoigne d’une nouvelle manière de vivre le présent. Il ne produit aucun objet, il ne prépare aucun projet. Le présent se suffit à lui-même, dans le jaillissement spontané d’une parole, dans le plaisir serein à donner sens en mettant en mots, ici et maintenant. Le présent ne se justifie pas obligatoirement d’un avenir possible. Il se peut que se soit le présent qui structure l’avenir et le passé. Il est des expérience présentes qui donnent au passé et au futur leur consistance. Il en va comme si le présent devenait alors gros d’un passé à qui il donnait sens, d’un futur qui devenait possible. Telle est l’expérience mystique, l’expérience amoureuse, la création artistique. Moments qui se suffisent par leur richesse pour irriguer subrepticement passé et futur de significations nouvelles. Le temps se mets en perspectives : le passé préparait le présent ; le présent oriente l’avenir. Dans cette perspective, l’angoisse suscitée par la pensée de la mort manifeste le vide de notre présent. L’initié se projette d’autant plus dans le futur et le passé que son présent lui échappe. Les impasses que nous traversons obligent à remanier, malgré nous, notre temps vécu : goûter la richesse du présent. de notre rapport corporel et immédiat au monde. L’épreuve suscite ainsi une nouvelle manière d’être, qui trouve dans ce qui est suffisamment de nourriture pour une plénitude présente. C’est à ce prix qu’une épreuve peut être décisive: soit d’ouvrir l’espace non d’un faire, mais d’un silence d’où surgit une parole à recevoir. C’est là quelques réflexions qui, au cours de mon histoire personnelle, m’ont suggéré une certaine proximité, une certaine urgence de la mort. Le profit, s’il en est un, est de fournir à l’un ou l’autre, initié mortel lui aussi, l’occasion de se situer par rapport à sa mort, d’entendre en lui-même : “Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière”. Et cela pour être initié, en la vérité de sa condition. Anne Philippe dans son livre “Le temps d’un soupir” écrit sur la mort de son mari: “tu fus mon plus beau lien avec la vie. Tu es devenu ma connaissance de la mort”. C’est aussi ce que j’ai ressenti le 22 mars 1993 date du décès de ma mère et après lors d’épreuves personnelles. La conscience de la mortalité dans la vitalité contribue à sa place à un art de vivre authentiquement. Elle permet de dire non seulement “tous les hommes sont mortels’~, mais “je suis mortel”. Grâce à elle. chacun réalise mieux dans le quotidien de ses jours sa limite, sa finitude. Le mort est ce qui caractérise celui qui ne peut plus répondre à l’appel de son nom. Je me rend compte que l’avoir été de ma présence est inaltérable. D’ailleurs n’est-il pas vrai que les pouvoirs tyranniques craignent cette puissance de ceux qu’on ne peut plus taire : ceux qu’on ne peut plus appeler peuvent encore nous appeler avec une force essentielle et réveiller les vivants à eux-mêmes. Tout cela met en évidence que le proche et le lointain s’entre appartiennent essentiellement et se déterminent mutuellement pour constituer la présence. S’il y a une suite dans l’histoire d’un initié, comme dans celle de tout homme, il faut plutôt se la figurer tel un enchaînement imprévisible d’événements, qui déconcertent tour à tour ou émerveillent. Ce qui est sûr, c’est que l’initié ne peut échapper à sa transformation, à moins de ne plus rechercher la vérité. Aussi bien, on s’en doute, si la vérité ne s’arrête pas, comme l’initié à la mort car “la vérité demeure et l’Ordre traverse les temps et les générations”. il faut apprendre à entendre son désir d’une façon bien singulière. Le désir conduit l’initié plus loin que la mort parce que le désir chez lui s’est transformé en amour. Pourtant, l’initié n’a pas le privilège d’une telle transformation du désir en amour. Le non initié, lui aussi, en fait l’expérience. Celle-ci se produit chaque fois que notre désir du désir de l’autre fait naître en nous le vœux qu’autrui soit. Alors nous consentons à ce que notre désir ne vive que de l’autre, et même de la volonté, éprouvée comme un bonheur, que, présent ou absent, l’autre soit absolument. Un tel vœu ne se sépare pas du reste de celui par lequel nous voulons être. Car aimer autrui, au sens que nous venons de dire, ne peut être isolé de l’acte par lequel je m’aime moi-même. Mais l’initié traite ce vœu d’une façon qui n’est pas celle du non initié. Pour le non initié, l’évitement de la mort qui tue se suffit à lui-même : il n’est à aucun titre un signe. Pour l’initié, au contraire, alors que pourtant la mort continue à régner sur l’existence des hommes, l’amour devient le signe mystérieux que la mort est défaite : la chaire quitte les os. C ‘est donc une mission que le maître reçoit et accepte avec d’autres et pour d’autres depuis le début de ces trois pas, vécus comme un exode intérieur, qui commence par le cabinet de réflexion et où je retourne régulièrement. Le cabinet de réflexion est toujours là, au plus profond, pour s’y replonger régulièrement dans le silence et où le Vitriol est celui du Corps d’Hiram qu’il s’est donné dans sa mort et sa résurrection par l’acacias. Ainsi, la relation mystique s’élargit dans une dimension universelle, “je” est devenu “nous”: “on ne voit bien qu’à deux, mais que Tu sois cet Autre Nous menant dans sa disparition jusque dans cette tombe improvisée (Hiram au corps éparpillé, recomposé par Isis, veuve dont nous sommes les fils). C’est là que j’ai trouvé et vécu la véritable solidarité, celle faite des frères maçons: “dans l’univers d’alliance, je peux espérer passer au delà du “je”. Du côté des hommes aussi, car que sais-je de ma nuit? il y a peut-être en elle un “nous” enfoui ... un nous recomposé dans l’Homme épars dont nous parlons en loge. Les trois pas du maître où la différence de la mort profane de celle rituelle. Cessant d’être des objets à posséder, le maître devient pour lui appel à reconnaître qu’il ne peut rien ramener à lui. Il n’est centre ni de l’univers, ni de la société, ni de son couple, ni même de sa propre existence. Sachant cela et cessant de se faire centre par son désir toujours frustré, il manifeste la conversion de sa liberté par la “distance” libératrice qu’il garde à l’égard de tout, de tous, et surtout de lui-même. C’est en ce sens -- non dépourvu d’ambiguïté qu’on peut parler de “mort à soi-même”. Mais ce n’est pas la mort de soi-même ; c’est celle de L’égoïsme et des prétentions ; c’est la condition de l’adhésion à la véritable vie. C’est le contraire d’un désengagement par rapport aux “choses de ce monde”, car on ne meurt ainsi à soi-même qu’à travers ses relations au monde et aux autres. L’amour de l’Autre n’est alors vécu que dans le refus de la possession et de la domination. Créant, libérant, utilisant la part de richesse et de savoir dont il se sait responsable, celui qui vit répond aux appels d’autrui reconnus comme appels de l’Autre. Il est certes submergé, mais c’est l’amour de l’Autre qui le submerge et il se sait “aimé”, car l’amour est au bord du chemin mais il n’est pas vu et même souvent négligé. J’aurais dû être plus compréhensif Je sais bien, en effet, pour avoir à le vivre, qu’il faut de la patience et du temps pour défaire les nœuds qui nous maintiennent prisonniers. Pas seulement les nœuds de l’orgueil, de l’égoïsme ou des pulsions charnelles, mais les nœuds de l’esprit qui se nouent dans l’imagination de celui qui cherche. Le maître. par ses trois pas lents, refuse de s’embarquer trop vite sur des chemins dont il pressent les embûches. Peu désireux d’abandonner ce qu’il a cru déjà comprendre, il hésite à intégrer un nouvel élément qui le contraindrait à tout remodeler. Ce n’est pas nécessairement de la peur. C’est peut-être aussi de la prudence, car il est trop sérieux pour s’aventurer dans un désert sans boussole. Il lui faut du temps pour s’équiper avant de faire un pas décisif. L’Amour est discret. “Il attend”, comme le rappelait St. Jean. Et nous passons dans la vie sans deviner sa présence tellement nous sommes distraits et occupés de nous-mêmes. Sur le chemin qui mène vers sa découverte, la grande souffrance, qualifiée de nuit des sens et de l’esprit par l’initié, n’est pas un fantasme. Celui qui s’aventure sur ces chemins le sait quand les grandes eaux le submergent. jusqu’à l’anéantissement parfois. C’est au fond de cet abîme que l’initié est le plus proche du non initié, en même temps que le plus éloigné : ayez une pensée mes F. : pour ce prisonnier que je suis, abandonné de tous, à la veille de son exécution? Entre l’initié et le non initié, la différence n’est pas une différence de sentiments, car on peut vivre la maçonnerie au cœur du doute. On ne prouve pas l’absence du G. : A. : de I’U. : . On ne prouve pas non plus sa présence. Mais on peut éprouver très réellement l’une et l’autre. De là. peut-être, votre sentiment de solitude qu’il serait abusif d’attribuer à une “exclusion” voulue, mais qui recouvre fatalement une souffrance. Vous êtes sûr d’être seul et, selon moi, il ne s’agit pas seulement de l’éloignement des F. : . Vous êtes sans doute plus seul que vous ne croyez. Pour ma part, je suis sûr de n’être pas seul et ce n’est pas seulement grâce à mes F. : : j’ai vécu seul dans les pires conditions. Mais je n’ai jamais été seul. A mes yeux, l’altérité est cependant réelle. Je ne suis maître de rien et surtout pas de moi-même. Je me sais libre et responsable, mais je ne détermine que peu ce dont je suis responsable. Les occasions, les rencontres, l’action des autres, les événements aussi hasardeux soient-ils, commandent. Alors, aujourd’hui, j’essaie de retrouver cette attitude d’acceptation positive en vivant pleinement le jour qui passe, en acceptant de ne pas savoir ce que sera mon lendemain, tout en le préparant de mon mieux; c’est ce que j’appelle l’espérance. J’essaie de vivre la fraternité pour aller à la rencontre de l’Amour absolu. Je suis conscient de ma fragilité, mais fragilité n’est pas impuissance. Le dépouillement n’est pas forcément signe de mort. Il peut être l’occasion d’une vie plus intériorisée. C’est une difficulté qui peut être source d’un bien. J’ai là l’occasion de creuser mon sillon, d’approfondir ma quête initiatique. Le temps qui passe m’invite à réfléchir sur mon propre parcours. Si je le fais dans l’honnêteté de la lucidité, je deviendrai plus indulgents pour les autres. J’accéderai à la possibilité de pardonner au lieu de réchauffer les vieilles rancunes. Un vrai pardon, qui dit oui à la vie de toutes ses forces. Le cercueil déposé au pied de l’Orient est une invitation à se mettre en route vers l’amour, plutôt qu’une réponse. Le sage, le vieux sage, est donc en route dans son propre chemin, qu’il débroussaille peu à peu en marchant vers sa mort, dans l’espérance que ce jour-là le G. : A. de l’U. : aura du talent. Mais, au regard de l’Ordre, l’élan de croissance de ma condition humaine n’est pas brisée par la mort: non parce que je vais renaître une énième fois pour continuer à croître, mais parce que, à ce moment-là, je ne suis pas abandonné à moi-même. le G. : A. : de l’U. : est présent, comme il l’a été tout au long de ma vie. Et c’est seulement dans le cadre de cette relation entre le G. : A. : de l’U. : et moi que je peux espérer réaliser la plénitude de mon potentiel ; ce potentiel dépasse d’ailleurs largement tout ce qu’il peut imaginer, puisqu’il est créé à l’image de Dieu qui est Amour. Il est donc d’ordre relationnel, de l’ordre de l’amour. Et celui qui fait l’expérience d’être aimé dans cette vie sait bien qu’en un seul instant la vie tout entière peut basculer et être transformée par la grâce d’une rencontre de la mort. En ce dernier moment, c’est donc l’amour de Dieu, librement donné et librement accueilli, qui mène l’homme à la plénitude de la vie. Venir dans la condition de s’éprouver soi-même, c’est se révéler. Le procès d’auto génération de la Vie est son procès d’auto révélation. Que le Père s’auto génère en générant le Fils dans lequel il s’éprouve soi-même, veut dire le Père est dans le Fils, au début était le Verbe. Ainsi sommes nous introduits au thème central de l’évangile de Jean. La vie vient en soi, s’éprouve elle-même, se révèle à elle-même dans le Soi du Premier Vivant. Le Père s’éprouve dans le Fils, de même que le Fils s’éprouve dans le Père. C’est de cette façon que prend naissance dans la Vie, n’étant intelligible qu’en elle, l’intériorité formulée explicitement par le rituel et rapportée telle quelle par Jean. “Ne sais-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?“ /Jean 14, 7-18). Ajoutons, sans pouvoir développer ici ce point essentiel, que la révélation du Père étant la révélation du Fils, de même que la révélation du Fils est la révélation du Père, cette révélation commune, cette gloire ou cet esprit commun, est l’âme. Celle-ci procède donc du Père et du Fils, elle est leur intériorité phénoménologique réciproque existante en soi et pour soi. “Quelqu’un vous précède dans la vie, dans la mort.... Voilà ce que j’avais à vous dire (Matthieu 28,7) A l’Orient de Genève, le 18juillet 2003 M.D... Frère de la loge Fidélité et Prudence à l’Orient de GenèveBibliographie:• le temps d’un soupir d’Anne Philippe • Jadis de Pascal Guignard • La Bible • Et toutes lectures diverses restées en mémoires
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