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PlanchedeNotre Très cher Frère VisiteurNicolàs Muñoz de la Mata
Le sexe des anges
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Même lorsqu’on a reçu une éducation areligieuse, on est baigné quotidiennement dans un contexte para-familial ou social dont le postulat est que Dieu existe. Et qu’il a créé l’homme a son image. Nul ne peut apporter la preuve de son bien fondé, ni le réfuter de manière incontestable. Aussi bien n’est-ce pas là le thème que je vous soumets ce midi. Je me bornerai à constater que les religions continuent de déterminer les lignes de force sociales qui font se réunir ou, hélas, s’entretuer les hommes. Pour se convaincre de l'importance des religions, il n’est que de se souvenir du temps où Mgr Karol Wojtyla était archevêque de Cracovie. Il s’affrontait quotidiennement aux dirigeants polonais qui, eux, exécutaient les ordres du Kremlin. Devenu pape sous le nom de Jean-Paul II il est considéré par les adeptes se la géopolitique comme l’homme qui a fait se déliter l’ex-URSS. Ce qui fait mesurer la profonde erreur de Staline, dont chacun connaît la fameuse appréciation : « Le Vatican, combien de divisions ? ». L’un des aspects communs aux différentes religions est celui qui concerne les anges. L’angélologie a une place de choix dans les églises chrétiennes, ainsi que dans les deux autres religions monothéistes, la juive et la musulmane. C’est ainsi que dans le Talmud, il est acquis que les anges sont « des corps faits d’une matière supérieure, c’est-à-dire feu, eau, puis d’une matière encore plus subtile, la lumière, l’esprit se dégage enfin de sa gangue matérielle » Ce mysticisme poétique et allégorique, nous allons le retrouver dans la Kabbale. Laquelle a des traits communs avec les platoniciens ou pythagoriciens comme Proclus, Jamblique et Porphyre. Ainsi qu’avec les ésotéristes soufis comme Ibn’Arabi, tantriques comme Abhinavagupta ou tibétains comme Milarepta. Mais il est temps de définir ce que ces théologies entendent par le mot « Ange ». Venu du latin angelus, transcription du grec aggelos ce terme désigne un messager. Le mot « Ange » dans la version des Septante, traduit de l’hébreu maleak signifie messager (de Dieu). L’Ancien Testament appelle les anges « fils de Dieu », « armée de Yahvé », « armée du ciel », trois d'entre eux portent un nom qui est parvenu jusqu’à nous : Michel, Raphaël et surtout Gabriel. Etant donné que c’est lui qui aurait annoncé la naissance de l’Enfant Jésus et qu’on le retrouve dans le Nouveau Testament et dans le Quram. L’ange joue un rôle d’axe de communication. On le retrouve dans de multiples métaphores, nanti de plus ou moins d’anthropomorphisme. Mais toujours censé représenter la volonté divine. « Ange » est le premier mot de la prière de dévotion mariale qui se dit le matin, à midi et le soir. Ernest Renan parle des « sonneries pieuses de l’angélus du soir, se répondant de paroisse en paroisse ». Ce qui implique que le carillonneur vive en bonne intelligence avec des cohortes d’anges. Les grands religieux chrétiens tels que St Augustin et St Thomas, au 4ème et 13ème siècle se sont référés aux anges. Lesquels ont défrayé la chronique jusqu’au XVII° siècle. D’autant que leurs avatars, les succubes et les incubes ont valu le bûcher à nombre de femmes qualifiées de sorcières. Ces malheureuses ne devaient vraisemblablement pas connaître les textes juifs selon lesquels « Dieu créa pour l’homme une créature venant, tout comme lui, de la terre. Et dont le nom était Lilith ». Aussitôt ils ont commencé à se quereller. Adam ordonnant : « couche toi devant moi ! » et Lilith répondant : « C’est moi qui te coucherai, puisque nous sommes égaux et venons tous deux de la terre. » Alors Lilith prononça le Nom de l’ineffable, le véritable nom de Dieu et s’envola dans l’air. Alors Dieu endormit l’homme et préleva une de ses côtes et créa la femme. Puis Yahvé manda trois anges (les voilà qui entrent en scène) appelés Sinwy, Sinsinwy et Jamengelf, quérir Lilith. Ils l’ont trouvée sur les bords de la Mer Morte, en compagnie de Démons (à leur tour d'apparaître) et en train de s’adonner à la luxure. Le livre d’Isaïe (XXXIV, 14) fait référence à Lilith, à propos des ruines d’Edom (Vallée d’Araba, au Sud de la Mer Morte): « Et c’est l’oasis des chacals, un courtil à hiboux. Les lynx y rencontrent les chacals, le satyre y crie contre son compagnon. Là se délasse Lilith. Elle s’est trouvé un reposoir» (Traduction Chouraqui). Ainsi Lilith serait-elle le premier être féminin et, selon les textes traditionnels rabbiniques, après sa fuite du jardin d’Eden, elle serait devenue la reine des succubes, avec un effectif de 180.000 créatures à son service. Mais que sont donc les succubes ? Ce terme vient du latin subcubare (coucher sous) ce qui indique leur fonction. Il s’agit de démones lascives qui volaient la semence humaine pour engendrer des demi-démons. C’est ainsi que sont apparus les incubes -du latin incubus, cauchemar- qui, eux, abusaient des honnêtes femmes pendant leur sommeil. Ces prédateurs de la virginité féminine ont été évoqués par St Augustin dans « La Cité de Dieu », au même titre que les faunes et les sylvains. C’est ainsi que sont apparus, entre autres, les cruels loups-garous. Ainsi s’est constitué ce que l’on a appelé, plus tard, l’Ordre Moral. Il est jalonné d’épouvantails dressés contre toutes les pratiques qui font aller le sperme ailleurs que là où il doit aller pour que l’on puisse « croître et multiplier » : fellation, sodomisation et masturbation. Un autre avatar de l’ange est le chérubin. On fait de ce terme, à tort, un synonyme d’ange. En fait, les chérubins n’ont rien à voir avec les angelots, dont vous a entretenu dans vos cours de catéchisme. Lesquels étaient représentés sous les traits de bébés joufflus et potelés. Le mot chérubin est une transcription de l’hébreu Kérouvim. Les chérubins avaient une apparence impressionnante : êtres hybrides mêlant les caractéristiques humaines et animales (Lion, taureau, aigle) On peut relever, à ce sujet, une similitude avec la mythologie grecque qui nous a valu, par exemple, le centaure. La Bible se réfère aux chérubins dans la Genèse (3-22.24) ils sont présentés comme les gardiens de l’Arbre de vie ; dans l’Exode (25-18.22) où il est question des chérubins et du tabernacle ; le livre des Rois (6-23.28) au sujet des chérubins dans le temple et dans Ezéchiel (10-1.22) au sujet de la vision d’Ezéchiel. Ces anges, ont-ils un sexe ? La question n’est pas mineure aux yeux de l’Eglise catholique, qui lui a consacré un concile. La réponse est positive, si l’on se rapporte à la « vision d’Isaïe », pendant laquelle des séraphims (en hébreu) se sont présentés. Les anges étaient nantis de trois paires d’ailes, dont une pour « cacher les pieds ». Métaphore utilisée pour se référer au sexe. D'où la question du sexe des anges, êtres désincarnés, « suspendus en l'air ». · La pensée hébraïque d’Isaïe est matérialiste. L’imagerie baroque a fait des séraphins des angelots légers. Dans les Ecritures (Juges 6) Gédéon au fond de son tonneau (ce qui nous rappelle un certain Diogène) est visité par un jeune homme aux traits imprécis. Dans la suite de la conversation, celui-ci est assis sous un térébinthe. L ‘arbre en question est important car il confère à celui qui s’y adosse un caractère sacré. Il s’agit ici de l’intervention d’un ange. · Dans l’ancien testament, les anges sont des émanations qui ne peuvent être distinctes, alors que dans le nouveau testament, ces anges ont un nom, une personnalité propre. · Si l’on veut entrer dans l’univers des anges et connaître leur affectation dans la hiérarchie angélique, il faut nécessairement se rapporter à la Kabbale. C’est à travers elle que les adeptes de la gnose juive peuvent découvrir quel est leur ange gardien. Celui-ci appartient au chœur des Séraphim (ceux qui brûlent) dirigé par l’Archange recteur Mélatron en correspondance avec la Nébuleuse Spiralée. Ce chœur est composé de Guides de Lumière associés respectivement avec sept planètes traditionnelles et à Uranus. Le nom de Sépraphin provient du mot hébreu « saraph » signifiant « brûlant ». Il correspond à la plus haute hiérarchie angélique. Les séraphins assistent l’homme dans la rectification de ses tendances déviantes et ont le sublime pouvoir de consommer les sept vices principaux de l’homme. Leur action est purificatrice, vivifiante et illuminatrice sont le destin de l’homme. La Kabbale, décrit la « voie des Anges ». Elle aurait été transmise à Adam par l’Ange Raziel. On dit aussi qu’elle constitue une partie des Lois reçues par Moïse par voie orale. Les kabbalistes utilisent une grille de lecture comprenant notamment la guématrie, la témura et les notaricon. Chaque lettre, dans la gnose hébraïque, a une valeur numérique. De sorte que, par exemple, la bête de l’Apocalypse de Jean est représentée par le nombre 666. Le décryptage des textes ésotériques s’obtient par la permutation de lettres dans les cinq premiers livres de la Bible. Dans les prophéties de Jérémie, cette témura permet de découvrir les noms de Anges. C’est ainsi que les exégètes de l’Exode (Exo 19 à 21) composée de trois versets de 72 lettres chacun ont découvert le nom des 72 anges génies de la hiérarchie céleste. Les notaricon (mot d’origine latine signifiant notaire) également contenus dans le Talmud sont un régal pour les amateurs de jeux littéraires. Ils sont notamment truffés d’oxymorons et d’acrostiches. Il est vrai que la doctrine métaphysique hébraïque considère que Dieu a créé le monde par l’intermédiaire de dix verbes appelés sephirot et des vingt deux lettres de l’alphabet hébreu. C’est donc un travail d’exégèse qui permettrait de déterminer, pour tout un chacun quel est son ange gardien. Cependant, il n’existe pas de cas publiquement connus dans lesquels les horoscopes aient permis d’éviter des catastrophes, de recouvrer la santé, de retrouver un amour perdu, d’acquérir la fortune...si ce n’est celle de Mme Elisabeth Teissier, qui a obtenu un Doctorat d’Etat, en Sorbonne, sur le thème de l’astrologie. Par contre les anges gardiens sont en permanence incapables d'empêcher des catastrophes aériennes. Les anges gardiens ne préservent pas les victimes des génocides, des guerres ou tout simplement d’accidents de la route. Seraient-ils tombés sous le charme des succubes, descentes de Lilith ? Au terme de cette intrusion dans l’univers des anges, force est de constater que nous ne savons pas s’il s’agit d’êtres qui, dans des corps subtils, seraient doués de raison et capables de procréation ? Naissent-ils et meurent-ils comme l’homme ? Ce dernier peut-il calquer sa vie sur eux ? Nenni nous dit Blaise Pascal car « L’homme n’est ni ange, ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête » Une kyrielle d’anges s’est introduite dans le vocabulaire du citoyen Lambda : Qui n’a entendu invoquer le bon, ou le mauvais ange de quelqu’un ? Qui n’a entendu quelqu’un, penché sur un berceau dire que le bébé était « Beau comme un ange ». Les parents étaient alors, aux anges. Et bébé riait aux anges. La grand-maman semblait un ange de douceur. La sage-femme avait une patience d’ange. Les anges n’ont nul besoin d’exister et de se manifester pour jalonner nos expressions verbales. Ce qui est une manière de coloniser nos concepts. Vous doutez ? Vous seriez des anges si vous teniez compte de quelques autres éléments que je qualifierai par euphémisme de « non religieux » Dernièrement, les médias ont traité des méfaits de la Poussière d'ange Il s’agit d’une drogue dite Angel dust (poussière d’ange : stupéfiant PCP ou phencyclidine) qui provoque des sensations de dissociation avec l’environnement, l’euphorie, hallucinations, distorsions dans l’espace temps. Ce qui peut provoquer des hémorragies, automutilations, convulsions et pulsions agressives. Plusieurs films d’horreur mettent en scène un « ange exterminateur » ce qui doit être entendu comme une antiphrase. C’est dans le même sens qu’est appelé ange de la mort le capitaine argentin Ortiz qui a procédé à des tortures et des meurtres en série pendant la dictature de Videla. Qualificatif dont il se pare du reste lui-même avec un humour macabre… et qui d’autant plus choquante que l’expression tête d’ange : est utilisée pour décrire le visage d’une personne d’où émane une sorte de beauté et de pureté. Par ailleurs, chacun sait que Faiseuse d’anges était la qualification usuelle des avorteuses. Lesquelles ont heureusement disparu depuis la généralisation des moyens anticonceptionnels et la légalisation des I.V.G. Faisons une place à part aux Angelots Épinglettes (ou « pins ») Naguère, à Venise, un artisan exposait dans sa vitrine deux angelots plaqués or. L’un représentait la tête d’un bébé joufflu, surmontant deux ailes. L’autre, qui était visiblement le verso du même objet, était constitué par des attributs masculins…en majesté. Qui n’a entendu un jour ou l’autre l’expression Un ange passe : Elle est communément utilisée pour indiquer qu’un silence gêné s’est instauré dans un groupe, après un fait ou une intervention discourtoise ou mettant en cause une des personnes présentes. Elle est illustrée par une anecdote concernant le Jean Cocteau. Lors d’un dîner littéraire, quelqu’un fit une allusion aux homosexuels en visant à l’évidence le poète, dont les goûts sexuels étaient de notoriété publique. D’où un silence généralisé, interrompu par un malin qui dit à la cantonade : « Un ange passe ! » Et Cocteau de s’écrier illico : « Qu’on l’enc... ! » Voici encore quelques intrusions des anges dans la littérature : « Jocelyn ou la chute d’un ange » d’Alfred de Vigny « Le matricule des anges », périodique littéraire aujourd’hui disparu et, dans les œuvres complètes de Voltaire des réflexions concernant les incubes et les succubes. Avant de prendre congé des anges et autres succubes, notons que lorsqu’on taxe une personne de donner dans l’angélisme, c’est pour écarter l’appréciation qu’il émet ou la mesure qu’il propose, en les considérant utopiques, irréalisables détachées des réalités. Pour terminer, votre orateur de ce midi va s’enrober dans une virtuelle troisième paire d’ailes…car, vous le savez, discuter sur le sexe des anges, c’est se livrer à des discussions byzantines. Celles qui conduisent à un caractère d’échanges formels et oiseux. Telles qu’étaient, dit-on, les disputes théologiques de Byzance basées sur un excès de subtilités. En les évoquant, Georges Duhamel a parlé des « amateurs de querelles byzantines et autres fendeurs de fils en quatre ». Nicolàs Muñoz de la Mata Frère visiteur assidu de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève
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