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Planches

des

Frères Orateurs

le 15 mai 2003

 

Deux  vibrants remerciements adressés au Vénérable sortant Jean-Sven G.

 

Frère Orateur Rémy H...

Frère Orateur Horacio M...

 

Pour Jean-Sven

En 1935, Freud écrit à Lou Salomé, sa chère Lou; il lui parle des ébénistes et évoque la masse qu’ils utilisent couramment pour accomplir un grand nombre de travaux en atelier; puis il fait une allusion à Thomas Mann qui vient de publier un article. Et Freud de souligner à sa correspondante: “ Lorsque Mann dit quelque chose, cela tient debout ” (1)

Dans son dernier ouvrage (2), Bons Cyrulnik parlant de la vie psychique pose la question suivante.• “ Avec quelles briques extraites du réel va-t-on construire notre imaginaire. Avec quels événements va-t-on constituer nos souvenirs. (.) Chaque souvenir fait de nous un être nouveau puisque chaque événement choisi pour faire une brique de mémoire, modifie la représentation qu ‘on se fait de nous-même ”

Mémorialiste de sa vie bouleversée, Cyrulnik évoque admirablement les conditions nécessaires à la construction de la personnalité, il parle de la “ brique de la construction de son identité ” (3).

L’activité artisanale de l’ébéniste et le travail des constructeurs qui taillent les briques et les choisissent avec patience pour l’édification d'une maison, voilà des actions à comprendre ce soir dans leur portée symbolique.

Notre cher Jean-Sven, la fonction que tu as exercée avec la patience d’un maître et la perspicacité d’un “ cherchant ” rejoint peut-être cette idée chère à Freud, une chose bien ajusté tient debout et à Cyrunik parlant volontiers de la brique utilisée pour construire son identité.

J’aime associer le bois travaillé par un artisan d’art et les fondations d’un édifice solidement installé sur ses bases par les bâtisseurs. Cette symbolique d’un matériau à travailler et d’une existence à perfectionner dans la Fraternité, voilà en quelques mots la chance que tu nous as offerte. Tu incarnes doublement la vocation du constructeur puisque la Loge t’offre l'épanouissement spirituel et ta formation professionnelle te donne à bâtir pour les autres les maisons dans lesquelles ils aiment vivre.

Te dire ce soir notre gratitude en plus de ce qui t’es offert relève de notre estime à ton égard et surtout se voudrait un “signe de reconnaissance ”, qui bien entendu entre nous est si familier.

Dans l’univers de la musique, le XIXe siècle est marquant par le génie de Franz Liszt, né le 22 octobre 1811 à Raiding en Hongrie. Chacun sait qu’il devint Frère après que Wilhelm Speyer (1790-1878) lui eut “proposé de rejoindre les Francs-Maçons ” (4).

Son interlocuteur le convaincra lorsqu’il lui expliquera les buts de la F.M., sorte d’association, la plus belle, la plus généreuse et la plus puissante qui soit au monde. Il fut accueilli à Frankfort, le 18 septembre 1841 dans la Loge “Zur Einigkeit ”.

Le Vénérable s’appelle Lorenz Wilhelm Voigt (5). Après la cérémonie d’initiation Liszt joua une oeuvre de Bach, pour ses Frères. Le maître des cérémonie le Frère Glosz lui remit les gants. Quelque 50 ans plus tard, à la fin de sa vie, devenu abbé, Liszt est invité à Paris. Le 8 mai 1886, dans la salle du Trocadéro, devant sept mille personnes on joue, son oeuvre “Elisabeth ”. Gounod est installé aux côté de Liszt. Durant le concert, il lui fait un compliment auquel Liszt est particulièrement sensible: “ C ‘est construit avec des pierres saintes ”. Pouvait-on donner plus élogieuse appréciation à l’oeuvre d’un Frère, prestigieux compositeur et merveilleux interprète? Là encore, j ‘aime évoquer un être qui en plus de la fraternité maçonnique cultive la vocation d’un Frère dans la carrière ecclésiastique.

L’outil de l’ébéniste et la brique taillée symbolisent cette construction comprise ici, comme une animation généreuse et un entraînement au travail de groupe. Ta courtoisie, ton bonheur de vivre avec tes Frères, ta santé réconfortante doublée d’une culture familiale t’a permis de conduire les travaux de notre Loge avec cette facilité, cette légèreté et cet aplomb qui distingue les bons édifices et rend solides et solidaires ceux qui oeuvre à son avancement.

Si la Loge peut être comparée à une sculpture, mon cher Jean-Sven, tu as le mérite d’avoir perfectionné ses lignes par ton dévouement et de l’avoir embellie par l’ardeur de tes sollicitations. Tes invitations n’ont jamais été de simples rassemblements. Tu as organisé les tenues, les passages, les lectures, les études, la réflexion destinée aux Apprentis, aux Compagnons et aux Maîtres avec l’empreinte d’un géographe de la Maçonnerie. Avec toi la cathédrale de Fidélité et Prudence ouvre les voies d’une fraternité pour l’avenir, creuse les sources d’une compréhension éloignée de tout dogme rigide, éclaire les initiés aux couleurs de la douceur, éveille chacun à l’aide des ciseaux de la patience. Tes outils maçonniques sont devenus ceux de tes Frères.

Pour ta générosité, pour ta disponibilité, pour ce bel ouvrage, pour la fidélité à ton engagement et ton intérêt à la trajectoire accomplie par chacun de tes Frères, je t’exprime, en leur nom à tous, ma reconnaissance et ma fierté.

Rémy H.

(1)     Giroud, Françoise, Lou, histoire d’une femme libre, Paris, Fayard, 2002

(2)     Cyrulnik, Boris, Le murmure des fantômes, Paris, O. Jacob, 2003

(3)     Ibid., p. 23

(4)     Harsanyi, Zsolt, La vie de Liszt est un roman, Actes Sud, 1986

(5)     Liszt Franz Marie d’Agout, Correspondance, Paria, Fayard, 2001

 


 

C’EST QUOI L’AMOUR ?

AMOUR PROFANE ?

AMOUR MAÇONNIQUE ?

Méditez, seulement un instant M:. T:. C:. F:.

Quant à moi, je préfère me simplifier la vie et commencer en me questionnant sur ce que l’amour N’EST PAS !

Vous en conviendrez qu’il ne faut pas méditer longtemps pour répondre à cette deuxième question.

Le monde profane abonde d’une multitude d’exemples pouvant nous éclairer:

- Des dictateurs bourreaux imposant à leurs peuples le plus grand désespoir,

- Des malades sexuels infligeant leurs bas instincts à des pauvres enfants déjà en détresse,

- Des riches désespérés à l’idée du moindre partage,

Inutile de poursuivre, mais quel est le lien entre ces exemples ?

Seulement de constater que le malheur existe et que pour cela il faut deux êtres, un bourreau et un malchanceux.

Revenons donc à la première question:  C’EST QUOI L’AMOUR ?

C’est donner le meilleur de soi pour le bonheur de l’autre !

Et le meilleur de soi doit être forcément quelque chose d’authentique, d’unique, de recherché, de travaillé afin de parvenir sinon à la perfection tout au moins espérer améliorer ce dont on est dépositaire.

Par un étrange miracle de l’univers, chacun d’entre nous a reçu une nature qui lui est propre, mais qu’il se doit de développer afin de remercier ceux qui ont contribué à la créer.

Le miracle de notre existence, de notre nature, est le fruit du G:.A:.D:.U:. de nos parents, de nos familles

Mais c’est dans ce temple M: que nous travaillons, afin de nous perfectionner, et ce travail est la reconnaissance que nous NOUS devons, de même que nous la devons aux autres.

Il ne suffit pas "d’avoir l’air" ou "de paraître", il faut bien œuvrer inlassablement sur soi afin que l’on puisse avoir quelque chose à offrir.

Et pour offrir le meilleur de soi il faut avoir quelqu’un qui mérite un tel privilège.

S’il est simple de recevoir lorsqu’il s’agit de biens matériels et que l’on se trouve en détresse, il est moins facile de savoir recevoir l’amitié de quelqu’un lorsqu’on croit en avoir en suffisance.

L’amour est la plus parfaite synthèse de la charité, de la dévotion, de la fraternité !

Grâce aux traditions transmises par les initiations et les rituels, chaque F:M: a appris à recevoir et à donner.

Un apprenti doit avoir le cœur ouvert à l’écoute de ses frères pour recevoir leurs enseignements, un apprenti doit savoir se questionner lui-même.

Un compagnon doit savoir persévérer dans son ouvrage, il doit savoir questionner ses frères.

Un maître doit savoir rendre chaque enseignement reçu.

Les trois doivent partager.

Oui, mes FF:. aimer est une passion qui se travaille, et elle doit se travailler tout au long de notre vie.

Une citation attribuée à Stendhal résume de belle manière ce processus:

"L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même."

Pour travailler sur soi, le F:.M:. a besoin de ses FF:., et pour canaliser toutes les énergies positives de chaque F:., nous avons besoin de l'ordre M:.

Cet ordre est universel et grâce à l'amour des gardiens des traditions M:., il nous est parvenu intact à travers les siècles.

Cher Jean Sven, merci de t'être dévoué.

Cher Artin, merci de te dévouer à ton tour.

Horacio M.

 

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