Comme la nuit n'est
jamais plus profonde qu'à la minute qui précède le lever du jour, l'utopie n'a
jamais été plus près de resurgir qu'au plus profond de son discrédit. L'utopie
est toujours une affaire d'aube, de lève-tôt ou de rêveurs éveillés !
Jacques Attali, Fraternités, Fayard, 1999, p.21.
Tout le monde, parmi vous, connaît le château de
Ferney, propriété acquise par Voltaire (1694-1778) et devenue haut lieu de
l'histoire du mouvement des Lumières. Fatigué des dissensions qui entourent son œuvre théâtrale aux Délices,
Voltaire en 1760 décide de s'installer dans ce château. Alors pèlerins
de tout pays, de toute religion, de toute langue, lorsque vous le découvrirez,
ce trésor vous comblera de bonheur. Vous resterez attentifs, admiratifs,
subjugués, devant un ou deux objets ayant
appartenu à Voltaire ; surtout prenez le temps de vous promenez dans le
parc, souvent transformé en scènes théâtrales.
En quittant cette petite ville du Pays de Gex, apprêtez-vous
à entreprendre une excursion destinée à vous faire découvrir une propriété
aménagée grâce au talent d'un Frère qui a choisi d'y vivre avec toute sa
famille. En vous approchant de cette maison sise avenue de Perdtemps, vous vous
réserverez la plus heureuse surprise. En vous rapprochant de cette demeure vous
accomplirez
le premier pas,
symbolique
bien sûr, premier pas destiné à mieux se connaître soi-même, à mieux identifier
sa propre histoire et à mieux sonder son ambition
en un mot à découvrir le monde et ses richesses, ceci grâce à l'accueil
d'un Frère rompu au monde ésotérique par excellence et aux travaux des
compagnons.
Mon cher F., cette veille, appelée
soirée canadienne
nous
permet de partager au moins deux choses essentielles : premièrement entrer dans
ton univers familial et personnel. Imaginer toutes les initiatives prises pour
faire de ce lieu une maison familiale au sens large, cela nous réjouit puisque
non seulement nous y venons en visiteurs mais surtout en Frères et en Amis.
Deuxièmement, nous sommes ici pour partager non du temps et la lumière d'un
jeudi soir, mais pour créer une Fraternité, au-delà de nos grades, de nos
connaissances et de nos rituels. Notre motivation nous a poussé à t'entourer
toi et ta famille dans un lieu créer pour l'honorer. Cette confiance dans cette démarche, nous l'a
retrouvons dans les propos de Henry David Thoreau évoquant la beauté du
nénuphar :
L'autre jour, il
m'est arrivé de respirer le parfum d'un nénuphar blanc ; cette fleur est
l'emblème de la pureté. Elle s'impose à la vue, si belle et si pure, son parfum
est si doux, comme pour montrer que le limon et la fange de la terre recèlent
une pureté et une douceur qu 'il est possible d'extraire. (...) Grâce à cette
fleur, je ne vais pas de sitôt désespérer du monde.
Je voudrais maintenant aborder
le deuxième pas
évoqué plus haut ; ce pas accentue notre concentration,
renforce notre volonté et inaugure notre
voyage symbolique à la rencontre d'autrui. John Muir (3), héros américain des
grands espaces, parle des nuits passées en
pleine nature dans le grand dortoir de la vaste nuit. John Muir nous
raconte sa marche à travers les Etats-Unis. En effet, en 1867, il accomplit un
pèlerinage de 1500 kilomètres et lorsqu'il découvre durant ces années de voyage
un palmier nain, quelques magnolias et des cyprès chauves, il se pose aussitôt
la question :
Que savons-nous de
ces plantes appelées créatures périssables, dépourvues d'âme ! Mais que
savons-nous à ce sujet ? Il nous dit
: Le palmier étaitimpressionnant au-delà des mots, et il m'a dit des choses plus
importantes que je n'en ai jamais entendu d'un prêtre de l'espèce humain.
En 1869, toujours en route, il entend le chant d'une petit oiseau,
appelé sturnelle, il dit de cette complainte qu'il s'agit d'une :
force d'inspiration
extraordinaire qui parle de façon universelle à l'âme humaine. Pas la moindre
note ne s'adresse à nous ; loué pourtant soit Dieu pour l'instrument béni caché
sous le plumage de la sturnelle.
Cette louange à Dieu nous rapproche progressivement de
la réalité
du troisième pas
nécessaire pour parvenir à l'avenue P. Perdre son temps a
longtemps paru une débauche et le numéro 3 bis un complément au numéro 3.
Désormais, en ta compagnie, ici et en loge nous savons que
souvent perdre son temps profane, devient une richesse initiatique
exceptionnelle.
Je parlerai tout simplement, en complicité, de la
Franc-maçonnerie, aux souvenirs lumineux, aux impressions durables, aux
convictions les plus audacieuses qu'elle engendre en nous lors de nos tenues et
de nos instructions. Sur chacun de nous un jour ou l'autre, tu as
exercé une fascination et nous te sommes reconnaissants pour ce don, pour ce
privilège. Souvent, tu m'as donné l'impression que pour toi l'existence n'est qu'une fête à vivre de
manière bon enfant, paisible à évoquer et agréable à vivre en douce harmonie.
Inspiré sans doute par Hermann Hesse, J. tu nous proposes constamment de
ne jamais nous arrêter lorsque le chemin de notre initiation commence et que ce
cheminement grandit ceux qui accepte de trouver du bonheur à mieux tailler, une
à une les pierres, ceci jour après jour que Dieu nous donne ; sais-tu que tes
recommandations s'inspirent d'une belle leçon, celle de H. Hesse qui nous dit
de prendre le temps de :
contempler l'azur au petit matin pendant un instant puisquechaque
journée possède une physionomie spécifique, un éclat particulier ; ainsi ajoute-t-ilvous
conserverez en vous jusqu 'au soir les restes d'une sensation déplaisir, une
petite part de complicité avec la nature (5)
Dans son ouvrage intitulé L'art de l'oisiveté, Hermann
Hesse parle de quelle manière, il importe de
Se sentir à nouveau ami et frère de la terre, des
plantes, des rochers et des nuages.
Soutenus par cette plénitude, enthousiasmés par ce
trésor environnemental à portée de notre cœur, nous touchons, surtout en cette
journée qui prend fin, aux beautés de la nature sublime, créées par une main
experte. Je crois maintenant que nous avons accompli
le troisième pas.
Ainsi par un cheminement inattendu, jusqu'à G., en
compagnie, des Frères d'une loge que tu connais mieux que personne, nous sommes
parvenus à nous situer en face d'un paysage d'une incroyable beauté, presque
comme un berceau naturel.
Mon cher F., ce soir, en cet instant beau et
solennel, je me considère comme privilégié d'être associé à cette fête de la
Fraternité. Découvrir avec toi, ce paysage exceptionnel et me remémorer
ces trois pas symboliques
donne à cet instant une lumière vive, parce que les sentiments
grandissent et les émotions prennent appui sur le bâton de Fidélité et
Prudence. Mon cher F., ces quelques mots voudraient te dire
l'immense bonheur de pouvoir vivre cette fête avec toi et en compagnie d'un
grand nombre des Frères de Notre Loge. Je vous remercie tous de votre
attention.