Repas canadien
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Repas canadien

le 23 août 2007

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Découvrir la maison de mon F.

en trois pas

Comme la nuit n'est jamais plus profonde qu'à la minute qui précède le lever du jour, l'utopie n'a jamais été plus près de resurgir qu'au plus profond de son discrédit. L'utopie est toujours une affaire d'aube, de lève-tôt ou de rêveurs éveillés !

Jacques Attali, Fraternités, Fayard, 1999, p.21.

Tout le monde, parmi vous, connaît le château de Ferney, propriété acquise par Voltaire (1694-1778) et devenue haut lieu de l'histoire du mouvement des Lumières. Fatigué des dissensions qui entourent son œuvre théâtrale aux Délices, Voltaire en 1760 décide de s'installer dans ce château. Alors pèlerins de tout pays, de toute religion, de toute langue, lorsque vous le découvrirez, ce trésor vous comblera de bonheur. Vous resterez attentifs, admiratifs, subjugués, devant un ou deux objets ayant appartenu à Voltaire ; surtout prenez le temps de vous promenez dans le parc, souvent transformé en scènes théâtrales.

En quittant cette petite ville du Pays de Gex, apprêtez-vous à entreprendre une excursion destinée à vous faire découvrir une propriété aménagée grâce au talent d'un Frère qui a choisi d'y vivre avec toute sa famille. En vous approchant de cette maison sise avenue de Perdtemps, vous vous réserverez la plus heureuse surprise. En vous rapprochant de cette demeure vous accomplirez

le premier pas,

symbolique bien sûr, premier pas destiné à mieux se connaître soi-même, à mieux identifier sa propre histoire et à mieux sonder son ambition en un mot à découvrir le monde et ses richesses, ceci grâce à l'accueil d'un Frère rompu au monde ésotérique par excellence et aux travaux des compagnons.

Mon cher F., cette veille, appelée

soirée canadienne

nous permet de partager au moins deux choses essentielles : premièrement entrer dans ton univers familial et personnel. Imaginer toutes les initiatives prises pour faire de ce lieu une maison familiale au sens large, cela nous réjouit puisque non seulement nous y venons en visiteurs mais surtout en Frères et en Amis. Deuxièmement, nous sommes ici pour partager non du temps et la lumière d'un jeudi soir, mais pour créer une Fraternité, au-delà de nos grades, de nos connaissances et de nos rituels. Notre motivation nous a poussé à t'entourer toi et ta famille dans un lieu créer pour l'honorer. Cette confiance dans cette démarche, nous l'a retrouvons dans les propos de Henry David Thoreau évoquant la beauté du nénuphar :

L'autre jour, il m'est arrivé de respirer le parfum d'un nénuphar blanc ; cette fleur est l'emblème de la pureté. Elle s'impose à la vue, si belle et si pure, son parfum est si doux, comme pour montrer que le limon et la fange de la terre recèlent une pureté et une douceur qu 'il est possible d'extraire. (...) Grâce à cette fleur, je ne vais pas de sitôt désespérer du monde.

Je voudrais maintenant aborder

le deuxième pas

évoqué plus haut ; ce pas accentue notre concentration, renforce notre volonté et inaugure notre voyage symbolique à la rencontre d'autrui. John Muir (3), héros américain des grands espaces, parle des nuits passées en pleine nature dans le grand dortoir de la vaste nuit. John Muir nous raconte sa marche à travers les Etats-Unis. En effet, en 1867, il accomplit un pèlerinage de 1500 kilomètres et lorsqu'il découvre durant ces années de voyage un palmier nain, quelques magnolias et des cyprès chauves, il se pose aussitôt la question :

Que savons-nous de ces plantes appelées créatures périssables, dépourvues d'âme ! Mais que savons-nous à ce sujet ? Il nous dit : Le palmier était   impressionnant au-delà des mots, et il m'a dit des choses plus importantes que je n'en ai jamais entendu d'un prêtre de l'espèce humain.

En 1869, toujours en route, il entend le chant d'une petit oiseau, appelé sturnelle, il dit de cette complainte qu'il s'agit d'une :

force d'inspiration extraordinaire qui parle de façon universelle à l'âme humaine. Pas la moindre note ne s'adresse à nous ; loué pourtant soit Dieu pour l'instrument béni caché sous le plumage de la sturnelle.

Cette louange à Dieu nous rapproche progressivement de la réalité

du troisième pas

nécessaire pour parvenir à l'avenue P. Perdre son temps a longtemps paru une débauche et le numéro 3 bis un complément au numéro 3. Désormais, en ta compagnie, ici et en loge nous savons que souvent perdre son temps profane, devient une richesse initiatique exceptionnelle.

Je parlerai tout simplement, en complicité, de la Franc-maçonnerie, aux souvenirs lumineux, aux impressions durables, aux convictions les plus audacieuses qu'elle engendre en nous lors de nos tenues et de nos instructions. Sur chacun de nous un jour ou l'autre, tu as exercé une fascination et nous te sommes reconnaissants pour ce don, pour ce privilège. Souvent, tu m'as donné l'impression que pour toi l'existence n'est qu'une fête à vivre de manière bon enfant, paisible à évoquer et agréable à vivre en douce harmonie. Inspiré sans doute par Hermann Hesse, J. tu nous proposes constamment de ne jamais nous arrêter lorsque le chemin de notre initiation commence et que ce cheminement grandit ceux qui accepte de trouver du bonheur à mieux tailler, une à une les pierres, ceci jour après jour que Dieu nous donne ; sais-tu que tes recommandations s'inspirent d'une belle leçon, celle de H. Hesse qui nous dit de prendre le temps de :

contempler l'azur au petit matin pendant un instant puisque chaque journée possède une physionomie spécifique, un éclat particulier ; ainsi ajoute-t-il vous conserverez en vous jusqu 'au soir les restes d'une sensation déplaisir, une petite part de complicité avec la nature (5)

Dans son ouvrage intitulé L'art de l'oisiveté, Hermann Hesse parle de quelle manière, il importe de

Se sentir à nouveau ami et frère de la terre, des plantes, des rochers et des nuages.

Soutenus par cette plénitude, enthousiasmés par ce trésor environnemental à portée de notre cœur, nous touchons, surtout en cette journée qui prend fin, aux beautés de la nature sublime, créées par une main experte. Je crois maintenant que nous avons accompli

le troisième pas.

Ainsi par un cheminement inattendu, jusqu'à G., en compagnie, des Frères d'une loge que tu connais mieux que personne, nous sommes parvenus à nous situer en face d'un paysage d'une incroyable beauté, presque comme un berceau naturel.

Mon cher F., ce soir, en cet instant beau et solennel, je me considère comme privilégié d'être associé à cette fête de la Fraternité. Découvrir avec toi, ce paysage exceptionnel et me remémorer

ces trois pas symboliques

donne à cet instant une lumière vive, parce que les sentiments grandissent et les émotions prennent appui sur le bâton de Fidélité et Prudence. Mon cher F., ces quelques mots voudraient te dire l'immense bonheur de pouvoir vivre cette fête avec toi et en compagnie d'un grand nombre des Frères de Notre Loge. Je vous remercie tous de votre attention.

Rémy H.

Genève, le 23 août 200

 

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