Solidarité et chaîne d'union
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Solidarité internationale

et

chaîne d'union 

 

 

Sommaire

 Introduction

Héritage des humanistes

La promotion de la solidarité

La Chaîne d'union

Conclusion

 


Introduction

Les récentes grandes catastrophes naturelles ou encore les atteintes graves à la paix sont autant d'occasions destinées à manifester la solidarité internationale.  On serait presque surpris d'apprendre que le terme " solidarité " ne date que du début du XXe siècle.  

Bien que du même préfixe que " solidaire " qui lui, vient du latin juridique " in solido ", c'est à dire " pour le tout ", solidarité viendrait de " solidarisme ", qui en philosophie désigne une doctrine qui fonde la morale, la politique et l'économie sur la solidarité ; d'où solidariste, également dérivé de solidaire.

On définirait plus simplement la solidarité, comme une relation entre personnes ayant conscience d'une communauté d'intérêts qui entraîne une obligation morale d'assistance mutuelle.

Cette valeur a priori naturelle, est l'héritage des humanistes.  Elle constitue une valeur nécessitant une promotion de tous les instants, afin d'aboutir à une culture de la paix et de la concorde entre les hommes de tous les pays, de toutes les races et de toutes les religions.

 

Héritage des humanistes

L'humanisme n'est pas né au XVIIIe siècle, encore appelé Siècle des Lumières.  Protagoras, sophiste grec du Ve siècle avant J. C., en serait l'ancêtre et le premier concepteur, puis pourquoi pas Socrate qui, avec une patiente ironie, fortifie, contre tous les dogmatismes, l'esprit de ses interlocuteurs.  Et pourquoi ne pas citer le plus connu de tous, Jésus-Christ qui, par la parabole du bon samaritain, jette les bases de l'homme universel.  De plus J. C., qui se déclare fils de Dieu, a ceci de particulier dans son discours, qu'il aspire à une societé fraternelle sur terre, fondée sur l'amour du prochain.

Il a toujours existé deux traditions qui tantôt s'allient, tantôt s'excluent plus ou moins, sans y arriver jamais tout à fait, parce qu'elles correspondent à deux besoins différents, peut-être incoercibles : celui de l'existence de l'humain ici et maintenant et celui de son au-delà.

Les penseurs religieux eux-mêmes ont souvent tenté une synthèse de l'humanisme avec la foi. Les persécutions n'arrivèrent  jamais à réduire totalement la ténacité du courant humaniste même en milieu fidéiste . La renaissance italienne, puis française et européenne, renoue ouvertement cette fois avec l'humanisme; elle est à la recherche d'un modèle d'homme complet, libre et épanoui.  

Le XVIIIe siècle français et anglais sera le grand siècle du l'humanisme avec la franche revendication du bonheur pour tous, et même la réhabilitation du plaisir. Dorénavant, sous des formes variées,  à  des degrés divers, l'humanisme ne quittera plus la scène philosophique et culturelle.

Que seraient donc ces principes fondamentaux ?  Sous des habillages divers, dus aux circonstances de l'histoire et de la géographie, on pourrait en résumer l'essentiel en trois propositions :  

                        L'homme d'abord

                        Tout l'homme

                        Tous les hommes

La première proposition peut être illustrée par la forme classique:  " L'homme est la mesure de tout ".  L'homme doit être le centre, le critère et le but de la connaissance et de l'action ; les intérêts et le respect de l'homme doivent toujours passer avant les autres.

La seconde proposition sans laquelle la première risque de demeurer abstraite, considère la totalité de l'homme concret, souffrant et se réjouissant ; l'homme individuel, et pas seulement l'homme abstrait.  Elle pourrait avoir comme devise, celle du poète latin Terence: " Rien de ce qui est humain ne nous est étranger ".  Cette devise signifie aussi que l'on doive s'intéresser à tous les aspects de l'homme et à tous les hommes qui forment ainsi une même humanité.

L'homme est un être social même quand il vit en solitaire.  Il est constitué littéralement, par ses rapports avec ses différents partenaires, depuis sa naissance et tout le long de sa vie, dans ses retraites les plus hermétiques,  les plus éloignées, il bénéfice des acquis de la civilisation; il continue jusque dans son imagination à dialoguer avec ses semblables absents.

La sociabilité de l'homme trouve son fondement dans le groupe restreint, celui qu'il forme avec ses géniteurs, puis avec ses frères et sœurs, élargissant sa socialisation jusqu'à l'ensemble des humains.  Nous appartenons à travers une multitude de groupes, à tous les groupes, quelle que soit la hièrarchie.  La socialisation s'accroît en s'éprouvant, nous sommes en quelque sorte, solidaires de tous les hommes.

Cette solidarité humaine et universelle s'inscrit dans un combat de tous les jours et de tous les instants.  Elle a besoin d'une promotion permanente basée sur des valeurs intangibles et universellement reconnues.

 

La promotion de la solidarité

Un humoriste français nous apprenait encore il n'y pas longtemps, que tous les hommes étaient égaux, mais qu'il y en avait qui étaient même plus égaux que d'autres.  Cette phrase ne pourrait susciter en chacun de nous qu'un rire jaune ; tant elle renferme toute la réalité d'un monde que nous souhaiterions bien différent.  

Au cours du XXe siècle, deux faits marquants ont cherché à jeter les bases d'un monde fondé sur l'égalité et la solidarité: la charte des Nations Unies en 1945 et la Déclaration des droits de l'homme en 1948.

Afin de mesurer la difficulté à laquelle est confronté le monde dans sa recherche d'unité et de solidarité, nous n'aurions qu'à nous pencher sur les différents événements à travers le monde, qui ont suscité notre satisfaction ou notre indignation.  Nous ne serions pas étonnés de constater que ce qui nous a indignés est bien plus important que ce qui nous a satisfaits. Ceci est dû au fait qu'à travers le monde aujourd'hui, la reconnaissance de la dignité de l'homme reposant essentiellement sur les principes de liberté, d'égalité, et de fraternité, est encore niée à une multitude d'êtres humains; soit à cause de la couleur de leur peau, de leur sexe, de leur religion, de leur origine géographique ou tout simplement de leur origine sociale.

Notre présence en ce lieu aujourd'hui illustre au plus haut point, notre volonté de nous démarquer de cette attitude et surtout, de mener ce combat qui fait toute la valeur de l'être humain en tout lieu et en tout temps.  

Considérer que la franc-maçonnerie a toujours été exempte de toutes ces tares serait nier une évidence.  Cependant la grandeur de la franc-maçonnerie repose sur sa capacité à se remettre en question et à toujours repousser aussi loin que possible, toutes les entraves à l'épanouissement de chaque être humain dans ce qu'il peut avoir de différent.  Cette différence que chaque franc-maçon aimerait reconnaître comme un réel enrichissement.  La Franc-maçonnerie se veut d'abord et avant tout le creuset de la liberté, de la dignité et de la fraternité humaines. L'un des plus grands symboles de ces valeurs s'appelle la chaîne d'union.

 

La chaîne d'union

La chaîne d'union appartient à l'histoire de  la pensée maçonnique. Elle symbolise l'Union de tous les F.M. participant aux travaux de la loge. Quel maçon n'a jamais ressenti cette onde "quasi magique" qui  nous envahit à ce moment précis où nous nous tenons les mains pour nous recueillir et nous unir dans nos pensées, tandis que le Vénérable prononce ces mots qui nous rappellent les valeurs essentielles qui font de nous des personnes différentes dans la vie profane. Cette Fraternité qui nous unit à cet instant précis ne saurait nous faire oublier également celle qui nous unit à tout ce qui est humain.

A ce propos, j'aimerais vous livrer, Vénérable et chers frères, un rituel que nous pratiquons souvent dans notre groupe "Fang", en Afrique Centrale. Afin de raffermir les liens qui unissent les éléments du groupe, une personne est spécialement chargée de réciter la grande épopée dont se réclame le clan, et qui surtout, le singularise. Cette incantation est faite dans un recueillement et une communion avec les vivants et les morts du groupe,  qui s'apparentent  étrangement à ce que je ressens ici à chaque moment où je me retrouve associé à la  chaîne d'union  Lors de nos cérémonies rituelles. il est un élément très important qui s'ajoute à ce moment rassembleur pour le groupe. Il est formellement rappelé aux membres, que ceux qui n'appartiennent pas au groupe, s'unissent à nous par le sang, car en peuples fondamentalement exogames, c'est auprès d' autres groupes que nous prenons femmes, les mères de nos enfants. Si mes ancêtres n'ont pas appelé cela "chaîne d'union", ils l'ont désigné par un synonyme: "Sangoulou, mot ane ngul ve a moyañe".(Toute force vient de la fraternité)

En loge,  l'Apprenti, le Compagnon et le Maître doivent tour à tour recevoir l'enseignement qui correspond à ce moment rassembleur. L'Apprenti sera sensible à la cohésion qui s'exprime à travers ce rituel, le Compagnon  pourra mieux comprendre l'histoire de sa loge et le Maître parviendra à perpétrer un sens que les anciens lui ont enseigné avec amour.

Le moment appelé chaîne d'union, pourrait être rapproché à celui qu'on désigne en religion par communion. Cet instant rassembleur de corps et d'esprit, solidaire, à travers des mots devient expression d'une fraternité vivante et agissante. La chaîne d'union représente le principe de fraternité et d'unité qui développe la force.    

Ce noble sentiment de fraternité que nous ressentons à cet instant précis peut-il se limiter à cet espace dans lequel les maçons se réunissent? La réponse ici est évidente, Ce temple que nous avons la charge de bâtir ne saurait se limiter aux seuls maçons, il est ouvert à tous les hommes de bonne volonté.  

 

Conclusion

Il est de notre devoir de reconnaître que la notion de dignité humaine vient en complément de la Déclaration des droits de L'homme.  Cette Déclaration des droits de L'homme ayant imprégné les derniers  siècles, il serait souhaitable que le XXIe siècle soit celui de la " dignité humaine " en complément des droits de l'homme.

On parle souvent de droits, mais pas de devoirs !  Cela mériterait attention;  car en réalité les droits des autres sont des devoirs pour nous.  La Déclaration des Droits de l'homme prend un aspect revendicatif,  alors que la dignité humaine est avant tout l'appartenance à une communauté qui est l'humanité.  C'est l'affirmation d'une universalité.  La dignité humaine est une façon de retrouver l'humanité dans son ensemble, quelles que soient les époques et les latitudes.

Les philosophes distinguent l'existence de l'essence - les droits de l'homme mettent l'accent sur l'existence alors que la dignité humaine met l'accent sur l'essence.  Qu'est-ce que c'est qu'un homme ?  A entendre cette interrogation ou plutôt cette imprécation de Jean Rostand, biologiste et philosophe français, les francs-maçons du XXIe siècle ont là, un défi à relever. Une interrogation sur la dignité humaine est avant tout une interrogation sur l'homme.  Il ne suffit pas de dire la dignité humaine, l'unicité, la supériorité de l'homme, encore faut-il savoir pourquoi.  Il est de notre devoir impérieux d'y réfléchir au premier chef, ou d'inciter ceux qui sont autour de nous - et qui ne sont pas forcément maçons - à y réfléchir.

V.M. et V. T.M. T. C.F. je vous remercie de votre bienveillante attention.

Jean-Claude Z.

Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève

 

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