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Les Jardins du Souvenir |
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Georges Favonau cimetière des Rois à Genève
Oui mes FF:. souvenons-nous !
Et quoi de plus paisible, pour se souvenir,qu'un cimetière, cet havre de reposParcourir ses allées, déchiffrer ses tombes, c'est retrouver ses racines tout en se réconciliant avec le passé, et c'est méditer sereinement sur la mort. C’est habiter une nouvelle fois le Cab:. de Réfl:., c’est contempler le crâne dont les orbites ne sont plus ouvertes vers le néant, mais vers l’infini. Sachez également apprécier la fête de la Toussaint qui voit en ce jour les Jardins du Souvenir se métamorphoser sous l'effet féerique des fleurs, en un mois qui, lorsqu'il n'est pas soumis aux caprices contemporains des saisons, demeure sombre et maussade ; lui aussi est soudainement habité par un certain contraste qui ne laisse pas indifférent, ni au regard du mystique ou du poète, ni à celui du symbole. Il est simplement un peu dommage que la partie réservée à ceux qui ont choisi l'incinération donne au souvenir un aspect comparativement trop modeste, voire même oublié ou négligé dans l'espace vert où sont simplement dispersées les cendres, avec une colonne superposant des noms qu'on n'arrive plus à situer dans un habitat, fût-il donc celui de la dernière demeure, mais quelque part dans le vent, autre symbole porteur de sens mais qui ne projette nulle part la mémoire que nous avons de nos chers disparus. Un illogisme m'a toujours frappé, en ces jours : la Toussaint précède le Jour des Morts, nous fêtons tous les saints --- dont nos chers disparus ---, et puis le lendemain seulement nous fêtons les morts, comme s'ils descendaient soudain de leur piédestal d'un jour pour ne plus errer que dans le trou noir de l'absence. Logiquement, pourtant, on meurt avant de monter au Ciel, et non l'inverse, mais là encore le symbolisme de la Toussaint rejoint le symbolisme maçonnique. Il ne faut pas construire pour atteindre le ciel selon le plan humain, mais faire descendre le ciel sur la terre. Dans les jardins du souvenir… Même l'incroyant va se recueillir un moment, comme s'il saisissait, silencieusement, gravement, un moment d'éternité. Oui, j'aime la Toussaint. J’aime cette tradition qui, d'ailleurs, se perd un peu chez les jeunes, qui préfèrent profiter des "congés de la Toussaint" pour s'en aller faire un petit tour, sous le soleil de préférence. Mais bien sûr, ils auront l'occasion d'aller "sur la tombe" un autre jour, un jour sans fleurs, un jour de blues ou de tristesse peut-être. On se ne fixe pas vraiment sur le souvenir, au milieu de la foule. Et quoi de plus émouvant, pour l'observateur, que d'apercevoir, dans un cimetière désert, la silhouette d'une personne seule, face à son amour, à ses remords qui sait, à son pardon aussi face à elle-même, en fait, immobile présence se ressourçant dans l'absence, l'instant d'un silence profond et de quelques paroles murmurées dans le secret. D'ailleurs, ainsi sont les cimetières : faits de quiétude et de secrets. Ils sont, pour les vivants, à l'heure du provisoire où tout se jette et se défait, la halte qui flèche la route de la pérennité. Jean-Claude v. L.
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